Pour Villepin la décision de faire appel vient de l'Elysée

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Publié le 30 janvier 2010.

CLEARSTREAM - La façon dont l'appel du parquet a été annoncé, à la radio, pose des questions...

Un procureur qui fait appel de la relaxe d'un accusé à l'encontre duquel il avait requis 18 mois de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende. Jusqu'ici rien d'anormal. Ce n'est d'ailleurs pas le fond «juridique» de l'histoire qui fait débat, mais sa forme, et le choix pour le moins inhabituel du procureur de la République de Paris Jean-Claude Marin, qui a opté pour une radio privée, Europe1, pour l'annonce d'une décision du parquet.

Dominique de Villepin charge l'Elysée


Un effet d'annonce, faisant partie d'une stratégie de communication. Dominique de Villepin va même plus loin. L'ancien Premier ministre a affirmé ce vendredi soir sur Canal+ que la décision du parquet de Paris de faire appel de sa relaxe a été prise dès jeudi «lors d'une réunion à l'Elysée».

La présidence de la République a répliqué immédiatement, indiquant qu'elle ne répondait pas «aux allégations mensongères». «Cette décision (...), c'est le parquet qui l'a prise. Ce n'est absolument pas sous l'influence de Nicolas Sarkozy ou du ministère de la Justice!», a ajouté le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, sur le site du magazine Paris Match.


«Manifestement, Jean-Claude Marin est procureur à la radio»

Le journaliste Jean-Michel Aphatie (de la radio concurrente RTL) assure que «nous nous rendons mal compte de la transgression que représente cette intervention médiatique par rapport aux normes traditionnelles de la magistrature». Selon lui, cette sortie médiatique ne cadre ni avec «la sérénité, ni la sagesse, ni le recul» auxquelles on s'attend venant d'un procureur.

Un choix, donc, pour Jean-Claude Marin, qualifié de «fin juriste et fin stratège» par l'ancienne juge d'instruction Edith Boizette qui l'a longtemps côtoyé au pôle financier de Paris. Le procureur «mène le combat sur la scène médiatique», s'étonne de son côté Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la magistrature, contacté par 20minutes.fr. «Manifestement, Jean-Claude Marin est procureur à la radio», ironise-t-il, rappelant que celui-ci «quinze jours avant le procès, avait fait ses réquisitions concernant Dominique de Villepin en direct, déjà sur Europe 1».

«Je connais l'Etat, je connais la fonction publique...»

Une décision médiatisée et précocement annoncée qui laisse planer le doute d'une pression politique. Une «stratégie médiatique», pour Matthieu Bonduelle qui note que Jean-Claude Marin centre «ses attaques sur M. de Villepin» . «Je constate que ça permet à M. Sarkozy de se montrer magnanime en disant "je ne fais pas appel", et d'obtenir la poursuite de cette procédure contre son adversaire politique», juge le secrétaire général du SM. Une façon, selon lui, d'obtenir la tête de Dominique de Villepin sans avoir l'air de la demander.

Pour l'ancien Premier ministre, l'affaire este entendue: «Quand le procureur de la République Jean-Claude Marin dit "j'ai décidé", c'est faux». «C'est un fait. J'ai été sept ans secrétaire général de l'Elysée. Je connais l'Etat, je connais la fonction publique... Et donc, je vous dis, je vous affirme. Je n'ai pas l'ombre d'un doute», a martelé Dominique de Villepin. Assurant, pour étayer son propos, avoir eu «une information par des fonctionnaires de la présidence de la République».
Julien Ménielle
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