La mission parlementaire sur le voile intégral rend son rapport dans la cacophonie

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Publié le 26 janvier 2010.

POLITIQUE - Certains membres de la mission parlementaire souhaitent absolument qu'une loi d'interdiction générale soit proposée au Parlement...

Une remise solennelle mouvementée. Ce mardi matin, le rapport de la mission d’information sur le port du voile intégral en France était remis au président de l’Assemblée Nationale, Bernard Accoyer. Ce dernier a souligné le «travail considérable», d’une «qualité exceptionnelle», fourni par les membres de la commission.

Sur l’estrade, le rapporteur de la mission, Eric Raoult, a indiqué l’esprit du rapport, qui comporte 18 propositions dont une proposition de résolution «réaffirmant la prééminence des valeurs républicaines sur les pratiques communautaristes et condamnant le port du voile intégral comme contraire à ces valeurs». Cependant, pas de loi pour une interdiction générale dans tout l'espace public, ce qui n’a pas manqué de mécontenter certains membres de la mission.

«Manipulations du rapporteur»


Ainsi, peu avant la remise du rapport, une dernière réunion, «sportive et virile» de l’aveu même d’Eric Raoult, a eu lieu. À l’occasion du vote final, plusieurs membres se sont opposés à trois propositions, notamment à la proposition 18. Comme l’a expliqué à 20minutes.fr Jacques Myard, député UMP des Yvelines et membre de la commission, bon nombre de membres souhaitaient voir inscrite l’annonce d’une loi interdisant de dissimuler son visage dans la totalité de l’espace public, et non simplement «le recueil de l’avis du Conseil d’Etat en amont de l’éventuel examen d’une proposition de loi» en ce sens. «Une majorité dans la commission, comme à l’Assemblée, est pour une loi. Le reste ce sont les petites manipulations du rapporteur.»

Eric Raoult a pour sa part fait valoir la nécessité de prendre le temps de l’explication et du dialogue: «Il faut faire preuve de fermeté et d’intelligence» pour faire comprendre aux Français tout ce que signifie le port du voile intégral. «Il faut le temps que nos compatriotes se calment, qu’on leur explique de quoi il s’agit», avant de promulguer «un texte de loi applicable, juste et compris». Il joue par là même la «sécurité juridique», veut travailler en prenant son temps pour que le texte ne soit pas cassé par le Conseil Constitutionnel ou au niveau européen, et que «les mesures qui suivront tiennent compte de la concertation et soient applicables».

Électoralisme

Cependant, l’idée d’une loi d’interdiction générale n’est pas totalement balayée: «On commence par des mesures pour faciliter les contacts publics, mais nous aborderons la question d’une loi d’interdiction générale plus tard, si nécessaire», précise Eric Raoult. Bernard Accoyer abonde: «Je souhaite que la résolution passe le plus tôt possible devant l’Assemblée, mais pas avant les régionales.»

Eric Raoult a souligné que son «seul but n’est pas politique mais bien le vivre-ensemble», et expliqué qu’il a, avec André Gérin, «tenu la barque, pour que l’on ne se serve pas du voile pour faire de la politique». Allusion à peine voilée à ceux qui souhaitent utiliser le débat en vue des élections régionales. En effet, selon un sondage publié dans Le Parisien lundi, 65% des Français sont favorables à une loi d’interdiction générale. Une aubaine pour candidats en manque d’électeurs.
Bérénice Dubuc
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