DECRYPTAGE - Double salaire, double casquette, conflit d'intérêt, soutien des ministres, critiques de la gauche, reculade... Bref, de rebondissements en rétropédalage, vous n'avez rien compris (ou suivi) de l'affaire Proglio. 20minutes.fr vous a préparé un petit retour sur la saga Proglio pour ne pas être complètement largué au prochain épisode...
L’affaire Proglio, c’est quoi?
C’est une polémique autour d’une double fonction qui flirte avec le conflit d’intérêt. Le 25 novembre, le PDG du groupe Véolia, Henri Proglio, est nommé en Conseil des ministres à la tête de l’entreprise publique EDF. Un changement de poste que Proglio n’aurait accepté qu’à une seule condition: garder une fonction non exécutive chez Veolia, où il a fait toute sa carrière.
Un pied chez l’EDF, l’autre chez Veolia, la situation n’est pas nouvelle pour Henri Proglio, qui cumulait déjà les postes de PDG chez Veolia et d’administrateur d’EDF. Et selon l’intéressé, il n’y a pas de raison de parler de conflit d’intérêt: les deux entreprises ne jouent pas du tout sur le même terrain. N’empêche, les murmures sur un potentiel rapprochement EDF-Veolia se font de plus en plus audibles.
Pourquoi la polémique n’a pas explosé à ce moment?
En fait, les critiques avaient déjà commencé à fuser. Le 22 octobre, avant même la nomination de Proglio à la tête d’EDF, le président de la commission des Finances du Sénat, le centriste Jean Arthuis, évoque «des risques de conflit d'intérêts». Ce que conteste deux semaines plus tard le conseil d'administration d'EDF.
Et ensuite?
Les critiques ont persisté mais ont fini dans le désert. Le 23 novembre, la députée Aurélie Filipetti, en charge de l’Energie au PS, fustige sur son blog une nomination «inacceptable» qui «relève d'une confusion d'intérêts et de genres douteuse.»
Et début décembre, le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF) Jean-Pierre Jouyet en remet une couche. Il qualifie d'«autorisée» mais «baroque» la double fonction d’Henri Proglio.
Pourquoi la polémique a finalement pris en janvier?
A cause d’une histoire de gros sous. Petit retour en arrière: le 5 novembre, Christine Lagarde affirme qu’Henri Proglio percevra uniquement sa rémunération de président d'EDF. De son côté, le 23 novembre, Proglio pose ses conditions: il souhaite conserver «le niveau de revenu» qu'il avait chez Veolia, soit 1,6 million d'euros. Ce qui suppose une hausse de 45% du salaire du PDG d'EDF, une requête jugée «parfaitement normale» par François Fillon.
Retournement inattendu, le 19 janvier, Veolia annonce que son ancien patron touchera 450.000 euros d'indemnités annuelles pour son poste de président du conseil d’administration, cumulant ainsi deux salaires, soit plus de 2 millions d’euros par an. Le ministère de l'Economie confirme, Christine Lagarde mange son chapeau et toute la majorité est appelée à soutenir cette prise de position. En récitant la leçon de l’Elysée: si on veut un grand patron pour une grande entreprise publique, on met le prix comme le ferait n’importe quelle boîte privée.
Mais, si Proglio a renoncé au pactole, pourquoi l’affaire fait-elle encore réagir?
Parce que l’opposition en veut plus. Le 22 janvier, le Parti socialiste dénonce une nouvelle fois le cumul des fonctions de Proglio et appelle à ce qu’il choisisse entre EDF et Veolia. Une prise de position confortée par une nouvelle «bombe». Veolia a provisionné 13,1 millions d'euros pour la «retraite chapeau» de son président Henri Proglio, une coquette rente qu’il conserverait malgré son départ pour EDF.
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