Alors, droite décomplexée par un débat controversé? Lapsus ou libéralisation du language? 20minutes.fr fait le tri dans les dérapages avec Jean Véronis, professeur de linguistique à l’Université de Provence.
La réflexion de Jean-Claude Gaudin est-elle raciste? Non, elle serait plutôt le fruit d’un lapsus aux accents «vieille France», selon Jean Véronis: «Jean-Claude Gaudin n’est pas activement xénophobe ou anti-arabe. Il a ce côté vieille France dans lequel ont baigné certains hommes politiques et que le débat sur l’Identité nationale est en train de réveiller.»
«On est en présence d’un lapsus au sens freudien: c’est l’inconscient qui se met à parler, reprend Jean Véronis. D’ailleurs, Gaudin, gêné, s’est excusé. Freud décrit bien la gêne, la honte qu’on ressent après un tel lapsus.»
Gaudin ne voulait pas faire passer un message?
Qui dit inconscient, dit involontaire. «On n’est pas du tout dans le même genre que Jean-Marie Le Pen, qui revendique ses propos. On peut plutôt comparer ce dérapage à celui de Raymond Barre qui, bien qu’humaniste, avait parlé de “Français innocents” morts dans l’attentat anti-juif de la rue Copernic», rappelle Jean Véronis. On peut aussi penser à celui, plus récent, de Jacques Chirac.
Brice Hortefeux a-t-il lui aussi été victime d’un lapsus à Seignosse? Ce serait plutôt une blague. Certes de mauvais goût, mais rien qu’une blague qui n’avait pas vocation à être reprise par les médias pour Véronis. «Hortefeux a dit une connerie. C’est une blague à deux balles à connotation anti-arabe. Mais le ministre n’est pas un raciste avéré mais c’est toujours ce petit fond xénophobe bien français qui s’exprime.»
Et pour la «casquette à l’envers» dénoncée par Nadine Morano ? «Nadine Morano a exprimé sa pensée. Clairement, elle n’accepte pas la diversité culturelle, explique Jean Véronis. Ce sont des propos qui étaient plutôt rangés du côté de l’extrême-droite, mais la droite classique s’est autorisée à ce genre de liberté. On se surveille moins, tout semble permis d’autant que la ministre n’a peut-être pas senti la portée de ce qu’elle disait.»
Maud Noyon
Cette «libéralisation» peut-elle se généraliser?
Il semble que oui. A droite, comme le maire de Gussainville, André Valentin, au micro de France 2, ou encore Georges Frêche à gauche, beaucoup se lâchent.
Mais ce mouvement serait amplifié par le débat sur l’Identité nationale, lancé à quelques mois seulement des élections pour les régionales. «La droite peut dire plus brutalement des choses qu’elle n’aurait pas dites avant. Ils se disent «il y a des gens qui pensent comme nous, donc on se fiche du politiquement correct», a expliqué François Jost, théoricien de l’image et professeur à l'université Paris III-Sorbonne nouvelle, à 20minutes.fr. A l’approche des régionales, ça permet d’être mieux identifié dans le débat, alors qu’on accuse souvent la droite et la gauche de ne pas être assez différenciées.»
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