Laurent Karila: «Pour soigner les addictions au sexe, on ne vise pas l'abstinence»

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Publié le 14 janvier 2010.

INTERVIEW - Comment se désintoxique-t-on du sexe? Explications avec le responsable des consultations d'addictologie de l'hôpital parisien Paul Brousse...

Comment se déroule une désintoxication au sexe, comme celle que suivrait Tiger Woods en Afrique du Sud?
Dans un premier temps, il faut réaliser une évaluation du patient dans sa globalité. En effet, on retrouve souvent des addictions associées, notamment à Internet et la pornographie, voire certaines substances stimulantes et désinhibantes. L'alcool par exemple, mais on note actuellement une petite émergence de la cocaïne. Pour être complet, il convient d'identifier d'éventuelles conséquences de la conduite addictive, comme les maladies sexuellement transmissibles.

Et ensuite?
Ensuite, on dresse avec le patient une sorte d'état des lieux de son addiction au sexe. On détermine ses conduites particulières, comme la consommation de porno, la fréquentation de prostituées, de bars à striptease, de clubs échangistes... On cherche aussi à déterminer les sommes engagées, et le retentissement de l'addiction sur la vie du patient. Dans tous les cas, il y a existence d'une «vie secondaire», cachée à tout l'entourage.

En quoi consiste la prise en charge?
Il s'agit d'une thérapie comportementale, axée sur du concret. On ne vise pas l'abstinence mais le retour à une vie sexuelle procurant du plaisir. Le programme, inspiré de ce qui se fait aux Etats-Unis, prévoit des séances de 30 à 35 minutes étalées sur 3 à 6 mois. Le patient tient un «carnet de bord» dans lequel il consigne ses comportements sexuels. L'idée est d'identifier les situations à risques, provoquant l'envie, pour trouver une solution pratique. Si on n'en trouve pas, il ne reste plus qu'à éviter ces situations. On aide le patient à apprendre à dire «non», à refuser, à établir ses propres stratégies.

Concrètement: quelles solutions pour quelles situations?

Un de mes patients, par exemple, a déterminé que les néons nocturnes de Pigalle, à Paris, provoquent chez lui des pulsions irrépressibles. Dans ces situations, au cas par cas, on peut conseiller d'appeler un ami, de rentrer dans un bar pour boire un café, d'aller au cinéma... Ou de ne plus passer par Pigalle. Car ce type de pensées obsédantes peuvent occuper l'esprit tout au long de la journée, et parasiter l'activité professionnelle. Et elles ne disparaissent qu'avec le passage à l'acte.

En France, qui consulte pour ce genre de thérapie?
Plutôt des hommes, pour le porno ou le recours aux prostituées. Mais les femmes viennent aussi pour des comportements de séduction, et des habitudes liés à la fréquentation des réseaux sociaux pour solliciter des partenaires. Tous veulent se débarrasser d'une souffrance. Mais ce type de prise en charge est très récent en France. A ma connaissance, notre consultation est la seule qui y soit véritablement dédiée. Elle a un an d'existence et nous avons vu une trentaine de personnes.

Ces cas de figures sont assez éloignés du cas de Tiger Woods...
Pour Tiger Woods, c'est de la com’ parce qu’il s’est fait griller. Comme bien souvent aux Etats-Unis. Comme dans le cas de David Duchovny. Ou de Michael Douglas avant lui, qui avait annoncé sa désintoxication au sexe pour éviter de parler de son addiction à l'alcool et à la cocaïne.
Propos recueillis par Julien Ménielle
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