Grandes écoles: L'ouverture sociale est-elle en panne?

DECRYPTAGE Le refus des grandes écoles d'accueillir des quotas de boursiers a relancé le débat sur la formation des élites et la démographie sociale. 20minutes.fr fait le point...

Corentin Chauvel

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Il faut ouvrir aux minorités "les lieux où se forme l'élite" en favorisant leur accès aux grandes écoles, un objectif qui passe par une réhabilitation du statut de boursier hérité de la IIIe République, a déclaré mercredi Nicolas Sarkozy à l'Ecole polytechnique.

Il faut ouvrir aux minorités "les lieux où se forme l'élite" en favorisant leur accès aux grandes écoles, un objectif qui passe par une réhabilitation du statut de boursier hérité de la IIIe République, a déclaré mercredi Nicolas Sarkozy à l'Ecole polytechnique. — Clemens Bilan AFP/Archives

Pourquoi les grandes écoles ne veulent pas se voir imposer de quotas de boursiers?
Parce que cela «amènerait inévitablement d'une part la baisse du niveau moyen (des grandes écoles), mais d'autre part l'identification par les employeurs, parmi les profils de sortie, que toutes les voies d'entrée dans la même école ne se valent pas.»

Cette affirmation de Pierre Tapie, président de la Conférence des grandes écoles (CGE) et de l'ESSEC, figurant dans le bulletin de la CGE de janvier 2010, est une réaction aux «déclarations de François Fillon à Reims en novembre 2009» au sujet des «nouvelles exigences d'ouverture sociale».

Satisfait que 30% des étudiants de classe prépa soient boursiers (un objectif de Nicolas Sarkozy), le gouvernement a ainsi engagé les grandes écoles à atteindre également, pour la rentrée 2010, cet objectif de 30% d'étudiants boursiers (23% actuellement).

Comment la «fausse querelle» invoquée par le ministère et la CGE a-t-elle enflée?
Par les réactions enflammées de Richard Descoings, le directeur de Sciences-po Paris, et Yazid Sabeg, le commissaire à la Diversité et à l'Egalité des chances.

Dans Le Monde daté de mardi, Richard Descoings a jugé «antisociale» la réaction du «lobby des grandes écoles». «En quoi le fait de mettre plus de boursiers réduirait-il le niveau de nos grandes écoles ? C'est faux, c'est inexact, c'est un mensonge, c'est une adultération de la réalité», a déclaré de son côté Yazid Sabeg sur BFM lundi.

«Profondément choqué» par la position de la CGE, Luc Chatel, le ministre de l'Education nationale, est allé plus loin ce mardi sur France Info, affirmant qu'il souhaitait que des quotas de boursiers soient imposés aux grandes écoles et que c'était «la volonté du gouvernement de le faire».

Le gouvernement souhaite-t-il imposer des quotas d'étudiants boursiers?
Non. Au ministère de l'enseignement supérieur, on indique n'avoir «jamais parlé de quotas». Joint par 20minutes.fr, le ministère rappelle que l'objectif de 30% de boursiers à atteindre dans les grandes écoles n'impliquait pas d'instaurer des quotas.

Sur Europe 1, Valérie Pécresse a indiqué que pour ce faire, les grandes écoles devaient adopter une attitude «volontariste» et «essayer de changer (leurs) méthodes de recrutement».

Comment revoir les concours des grandes écoles pour les rendre plus accessibles?
En rendant les concours plus «républicains» selon le ministère de l'Enseignement supérieur. Cela ne veut pas dire les rendre «plus faciles», mais les adapter aux élèves en «mesurant leur parcours personnel». Toutefois, le ministère estime que des «épreuves sans Nietzsche» ne seraient pas une mauvaise chose.

Contactée par 20minutes.fr, la CGE se refuse de son côté à changer le contenu des concours. En revanche, elle travaille sur une évolution des «modalités de recrutement de l'ensemble des grandes écoles» afin d'ajouter à leurs concours des épreuves mettant en valeur les capacités individuelles des candidats sur autre chose que les connaissances pures.

Les «Cordées de la réussite», instituées par le ministère de l'Enseignement supérieur et le ministère de la Politique de la Ville fin 2008, encouragent, elles, «un partenariat entre des établissements de l'enseignement supérieur et des lycées situés dans des quartiers prioritaires». Des programmes comme le «Pourquoi pas moi?» de l'ESSEC et les «conventions ZEP» de Sciences-po Paris vont dans ce sens.

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