Le Parti Pirate à l’abordage des régionales

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Publié le 17 décembre 2009.

POLITIQUE - Des élections «structurantes» en vue de 2012…

«Bon, on n’est pas vraiment au Palais de Bercy…», lance l’orateur. «Oh, pas encore, tu veux dire…», lui répond son voisin. Les membres du Parti Pirate annonçaient ce jeudi devant un tout petit comité, mais non sans humour, leur entrée dans la course aux élections régionales. Largement inconnu en France, ce mouvement de libertaires numériques se rêve un destin calqué sur celui de son grand frère suédois.
 
Né après le sabordage du site de partage de fichiers en ligne The Pirate Bay et baptisé en son hommage, le Piratpartiet a raflé la mise aux européennes de juin 2009 en décrochant deux sièges à Bruxelles (sur les 20 qui sont attribués à la Suède). Il est devenu de fait la 3e force politique du pays scandinave après seulement trois ans d’existence et avec des revendications portant essentiellement sur la liberté numérique. Pas mal pour ceux qu’on taxait de doux rêveurs.
 
UMP, vrai pirate?

A leur image, les quelques propositions du Parti Pirate français pour les élections de mars 2010 s’ancrent dans la sphère de la liberté digitale. Réforme du droit d’auteur, des brevets, fibre optique rendue publique mais aussi maîtrise de la surveillance par caméra et des fichiers qu’elle génère: en gros, selon eux, la révolution technologique a bien eu lieu mais «est partie dans le mauvais sens», comme l’explique Karima Rafes, n°2 sur la liste Ile-de-France du parti, celui du «flicage» des citoyens et du bénéfice économique des entreprises privées.
 
Les partis politiques traditionnels, dont la plupart des «Pirates» sont issus, auraient également raté le coche de la «société de l’information». «Le logiciel des partis n’est plus adapté. Ils considèrent qu’Internet est un média comme les autres alors que c’est un nouveau monde», assure Jean-Claude Frachet, tête de liste en Ile-de-France. Et ne préparent donc pas l’Hexagone à un futur numériquement serein.
 
«C’est bizarre d’être taxé de pirates, alors que qu’un certain parti oublie de payer les droits sur une chanson dans un lipdub et copie en intégralité un article de Slate sur un site sans en avoir les droits», moque Jean-Claude Frachet, pourfendeur comme ses camarades de la loi Hadopi. Il précise d’ailleurs que, en cas de résultat supérieur à 5% -permettant à leur liste de fusionner-, l’UMP est d’ores et déjà exclue de la liste de leur potentiel allié.

3.000 amis sur Facebook

Mais un tel résultat reste très hypothétique. Pour le reste du programme, le Parti Pirate navigue un peu à vue sur l’échiquier politique. Il se raccroche au triptyque républicain «liberté, égalité, fraternité» et propose d’ouvrir le débat pour étoffer leurs propositions. Une contribution de la société civile qui ne va pas s’arrêter là: ils vont «ouvrir (leurs) listes à tout citoyen qui souhaite (les) rejoindre». Car le parti est loin du compte pour se présenter ne serait-ce que dans une région.
 
En effet, sur les 209 candidats que doit comporter la liste pour la région Ile-de-France, les pirates n’en ont identifié qu’une vingtaine. Un chiffre déjà honorable pour un parti qui ne compte que 53 membres. Mais «3.000 amis sur Facebook», précisent-ils. Ne reste plus qu’à mobiliser ces sympathisants numériques pour en faire des candidats réels, pour que les régionales soient «structurantes» pour le parti. Et lui permette de voguer vers le véritable cap du Parti Pirate: 2012.
Maud Noyon
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