L'État englué dans les marées vertes

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Publié le 15 décembre 2009.

Il aura fallu la mort d'un cheval, tué en moins d'une minute par les gaz toxiques dégagés par un amas d'algues vertes, pour que l'Etat se saisisse enfin de ce problème vieux de trente ans. Fin août, un mois après l'accident, le Premier ministre, François Fillon, accompagné d'une armada ministérielle (Roselyne Bachelot pour la santé, Bruno Le Maire pour l'agriculture et Chantal Jouanno pour l'écologie), se rend sur les lieux du drame. A Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d'Armor), dont la plage est défigurée chaque année par 20 000 tonnes d'algues nauséabondes, il promet la mise en place d'une mission interministérielle. Son rapport doit lui être remis dans les tout prochains jours et servira de base à un plan d'action qui sera présenté en janvier, a-t-on appris vendredi.

Alors le gouvernement est-il vraiment mobilisé contre ce phénomène, dû à la prolifération des nitrates dans les eaux bretonnes, elle-même provoquée à 70 % par les rejets des élevages porcins ? A en croire la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Chantal Jouanno, qui a promis « la fin de la politique de l'autruche », oui. Pourtant, sur le terrain, rien n'a réellement changé. François Fillon avait ainsi annoncé fin août que les engagements de réduction de 40 % des rejets agricoles seraient tenus. Depuis, quatre-vingt-quinze demandes d'extension d'élevage, toutes filières confondues, ont été déposées dans les quatre préfectures bretonnes, selon l'association Eau et rivières de Bretagne. « Et elles ont toutes obtenu un avis favorable », soupire Jean-François Piquot, son porte-parole.

Pourtant, il y a urgence. Dans la région, le taux de nitrates dans les cours d'eau, bien qu'en baisse, dépasse allègrement la limite européenne de 50 mg/litre, alors que le seul moyen d'endiguer les marées vertes serait de descendre sous la barre des 10 mg. La France se fait d'ailleurs régulièrement taper sur les doigts par la Commission européenne pour non-respect des directives « nitrates » (lire ci-dessous). Les scientifiques aussi mettent la politique agricole en cause. Philippe Quévremont, ingénieur du génie rural qui pilote la mission interministérielle sur les algues, avait déjà dénoncé le contrôle insuffisant des rejets de nitrates de la filière porcine dans un rapport de 2008. Des déversements qui seraient largement sous-estimés, selon les conclusions du Conseil scientifique de l'environnement de Bretagne, qui pointe aussi du doigt les atermoiements des gouvernements successifs. Dans son rapport daté de septembre dernier, cette instance créée par le conseil régional soulignait ainsi qu'une simple « application des textes existants aurait permis une relative maîtrise du phénomène, dès le début des années 1990 ». W

Charlotte Mannevy
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