INTERVIEW - Le député PS Jean-Marie Le Guen a proposé ce lundi au Conseil de Paris la mise en place des salles de consommation de drogue, afin de placer les toxicomanes dans «un environnement sécurisé», notamment sanitaire et social...
Pourquoi faites-vous cette proposition?
Parce que la France est
en retard sur le reste de l’Europe en la matière: il y a déjà plus de 20 villes européennes où cette initiative a été prise. De plus, il faut mettre fin à l’hypocrisie: on ne peut pas continuer à laisser ces personnes se droguer dans la rue, sans aucune sécurité sanitaire et aux yeux de tous. J’ai eu l’occasion d’aller sur le terrain, dans les lieux notoirement connus de regroupement des toxicomanes. Non seulement ces personnes sont en danger, mais en plus ces regroupements génèrent d’importants inconvénients pour les riverains.
N’avez-vous pas peur de la réaction du voisinage des futurs centres?
Les gens des quartiers où se regroupent les toxicomanes sont déjà confrontés à ce problème, et de façon bien plus grave. Les structures que nous souhaitons mettre en place ne seront pas des cathédrales. Elles seront discrètes, réparties sur l’ensemble du territoire. Les cathédrales, ce sont les XVIIIe et XIXe arrondissements de Paris, la gare de Saint-Denis. Par leur inaction, les pouvoirs publics se moquent aussi des riverains.
Ouvrir ces salles, n’est-ce pas cautionner le fait de se droguer?
Non, ce n’est pas une façon de dire «oui» à la drogue. Il est urgent qu’une véritable politique de santé publique en la matière soit mise en place: il ne s’agit pas là d’avoir un jugement de valeur. Il est très dangereux de se droguer, mais en plus les toxicomanes sont très exposés aux maladies comme le sida, l’hépatite C ou la tuberculose. Sans en faire la promotion ni renier la dangerosité de la drogue, il est urgent de tendre la main à ces gens pour les sortir de l’ornière.
Comment comptez-vous procéder si votre demande est acceptée par le Conseil de Paris?
Je vous l’ai dit, ces structures existent déjà en Europe. Nous allons travailler avec les maires d’autres villes et des gens qui sont au contact des toxicomanes sur le terrain, comme les
Élus, Santé Publique & Territoires. Nous comptons aller étudier comment ces centres fonctionnent, quelle est la part de prise en charge médicale, sociale, quelle taille font les centres, comment les gens sont accueillis… Puis nous examinerons avec les habitants des quartiers concernés les propositions qu’il est possible de faire, pour rendre un rapport fin 2010, et une décision en 2011.
Propos recueillis par Bérénice Dubuc