La réforme de l’histoire-géo en filière scientifique, c’est quoi?
L’histoire-géographie ne serait plus étudiée en terminale, sauf pour les élèves le désirant, avec une option de deux heures qui donnerait des points supplémentaires au bac.
 
En première, les cours d’histoire-géo passeraient de 2h30 à 4h par semaine, et les élèves passeraient la matière en épreuve anticipée du bac, avec le français, en fin d’année.
 
Actuellement, les première et terminale S étudient l’histoire-géographie 2h30 par semaine.
 
Pourquoi cette réforme?
Pour que les lycéens de terminale S se consacrent plus à leur spécialisation (maths, sciences physiques, sciences) et qu’ils se préparent à l'enseignement supérieur, selon Luc Chatel.
 
Il s’agit également d’équilibrer l’étude des matières «partagées» en première, toutes sections confondues. L’objectif du ministre de l’Education est de créer des «passerelles» entre des séries, c’est-à-dire avoir la possibilité de changer de série en terminale afin d’améliorer l’orientation des lycéens. Les filières pourraient alors être rééquilibrées (51% des candidats de terminale S au bac général 2009, contre 17% issus de terminale L).
 
Il y aurait un tronc commun (français, histoire-géographie, langues vivantes, E.P.S. et éducation civique) en première pour que les élèves d’une série n’aient à rattraper que les matières de spécialisation d’une autre série à laquelle ils voudraient accéder en terminale. Tous les élèves de première auraient ainsi une quantité de cours d’histoire-géographie commun, ce qui n’est pas le cas actuellement.
 
Pourquoi une telle levée de boucliers de la part d’universitaires, d’intellectuels et d’hommes politiques?
Parce qu’ils ont peur pour la culture générale des lycéens de la filière scientifique.
 
Dimanche dernier, vingt universitaires et intellectuels (dont Jean-Pierre Azéma, André Kaspi, Jean Tulard et Alain Finkielkraut) ont publié un appel afin «d'annuler cette décision, inspirée par un utilitarisme à courte vue, qui se trouve en contradiction avec les objectifs proclamés du système éducatif français sur le plan de la formation intellectuelle, de l'adaptation au monde contemporain et de la réflexion civique des futurs citoyens».
 
Cet appel a été soutenu dans la foulée par un certain nombre de personnalités politiques de tous bords dont les grandes figures du parti socialiste qui jugent cette réforme «irresponsable et dangereuse». François Bayrou (MoDem) y voit une «décision grave» et quelques députés de la majorité soutiennent également l’appel.
 
D’autres personnalités les ont rejoints dont des artistes et des écrivains, sans oublier huit syndicats de l’éducation nationale (Snes-FSU, Snalc-CSEN, Snep-FSU, Snetap-FSU, SNFOLC, CGT Educ’action, Sud Education, SNCL-FAEN), qui ont organisé une manifestation ce jeudi.
 
Qui soutient la réforme?
Pas grand monde. En premier lieu, le ministre de l’Education, bien entendu, qui estime que «l'histoire-géo va garder la place éminente qui a toujours été la sienne dans le système éducatif français et va même voir sa place confortée.» Il a été rejoint par Jean-Pierre Raffarin qui estime que la réforme va alléger les programmes.
 
Le directeur de Sciences-Po Paris, Richard Descoings, soutient également la réforme puisqu’il en est à l’origine. Dans son rapport remis en juin à Nicolas Sarkozy, il considérait que «l'excessive généralité de la série S porte atteinte aux besoins d'élèves puis d'étudiants dotés d'un véritable maîtrise scientifique.» Richard Descoings juge la filière S actuelle trop «élitistes et généraliste», empêchant la formation de scientifiques en France.
 
Les syndicats SGEN-CFDT et SE-Unsa, les syndicats lycéens ainsi que les parents d'élèves (FCPE et Peep) n’ont pas non plus critiqué la réforme sur le point de l’histoire-géographie. La Peep dénonce au contraire le «corporatisme» des enseignants d’histoire-géographie qui veulent garder leurs heures de cours au détriment de «l'intérêt des élèves».
 
Que cacherait cette réforme?
Les opposants les plus virulents au projet craignent d'autres annonces: Moins de contenu et moins d’heures de cours pour d’autres matières voire des suppressions de postes selon le syndicat lycéen UNL (pourtant pas totalement opposé à la réforme).

Concernant le contenu du cours d’histoire-géographie, on peut se demander comment un programme de deux ans ne peut être réduit s’il est étudié que sur une seule année. Luc Chatel clame qu’il y aura 1h30 de cours en plus en première (4h contre 2h30) mais si on compte le nombre d’heures actuel (2h30 et 2h30), cela fait une heure de moins en tout. Il reste toujours l’option de 2h en terminale mais il n’est pas certain qu’elle soit très populaire dans un programme déjà bien chargé.
 
L’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public a également relevé que les élèves de première S devraient perdre chaque semaine une heure de Sciences et vie de la Terre (SVT), une heure et demie de physique-chimie et une heure de mathématiques, quand ils ne gagneront qu'une demi-heure de maths en plus en terminale.

>> Pour participer au débat sur la suppression de l'histoire-géo en terminale S, c'est par ici

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