Philippe Carette: «Un suicide, c'est un appel au secours»

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Publié le 9 décembre 2009.

INTERVIEW - Un psychothérapeute, directeur du centre thérapeutique «Recherche et Rencontres» à Paris, décrypte pour 20minutes.fr les raisons d’un passage à l'acte...

Quel est l’impact de la médiatisation récente des suicides à France Télécom ou à Pole emploi?
Aucun cas de suicide ne peut être généralisé. Mais faire du bruit, c’est aussi faire exister ce phénomène. Au risque de l’amplifier? C’est un débat subtil et qui mérite réflexion. Il est difficile d’en parler, mais il est également douloureux de se taire.
 
Il faut savoir que le suicide lié au travail était un thème qui n’existait pas il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui, ce contexte n’est pas plus suicidogène qu’un autre dans les statistiques mais il n’est pas impossible que la crise économique ait une incidence sur les chiffres.
 
De même, il faut bien réfléchir à des messages de prévention car les pouvoirs publics ont tendance à évacuer le problème en considérant que les personnes touchées par le phénomène sont toutes fragiles et qu’elles ont simplement besoin d’être rééduquées. Aujourd’hui, les méthodes de management isolent les personnes les unes des autres, empêchant tout dialogue. Or, on ne peut être un individu épanoui que dans l’échange avec les autres.
 
Peut-on expliquer psychologiquement chaque suicide?
Non, c’est une problématique compliquée, plurifactorielle. Le suicide intervient après une succession et une accumulation de difficultés. Ce n’est jamais simple et c’est très singulier. Il correspond à l’individualité de chacun et l’on a donc du mal à en parler avec des généralités. Le suicide est toujours lié à un contexte spécifique même si l’on peut déterminer des situations «suicidogènes», telles qu’une mise en isolement (prison, santé) ou un lieu de pression (travail), qui favorisent la détresse.
 
Dans quels cas la souffrance conduit-elle au suicide?
La détresse provient de l’accumulation de difficultés mais aussi de l’impression d’être dans une impasse. Il n’est pas évident d’associer ces pulsions à des troubles psychologiques. S’il n’y a pas d’indicateurs précis pour prévoir un passage à l’acte, il apparaît efficace que les personnes parlent de leur situation. Un suicide, c’est un appel au secours, à vivre différemment. Le thérapeute doit se rapprocher de la personne concernée sans sympathie ou compassion. Il faut simplement de l’empathie, l’aider à mettre des mots sur son impasse, verbaliser ses difficultés. La personne doit comprendre pourquoi il a agi ainsi et comment il peut en faire autrement.
 
Que peut-on envisager en matière de prévention?
Il existe des campagnes de sensibilisation pour que l’on ait conscience du phénomène et des actions différents liées à des contextes spécifiques. On ne va pas agir de la même façon auprès des jeunes, en prison ou à France Télécom. De toute manière, il est important de lever le tabou. Il n’y a pas de prévention possible sans dialogue. Il faut s’adapter aux difficultés de chacun et échanger.
 
Quelles sont les catégories de personnes les plus touchées?
On  a beaucoup mis le phare sur le suicide chez les jeunes, mais les statistiques démontrent que cet acte a lieu à 90% après 30 ans et qu’il touche 75% des hommes et particulièrement des pères. Sans oublier le suicide chez les personnes âgées qui est un vrai drame mais complètement ignoré par les pouvoirs publics. Pourquoi n’aurait-on plus aucune humanité envers une personne parce qu’elle est plus âgée?
 
Comment prend-on en charge les personnes dont la tentative de suicide n’aurait pas aboutie?
On se mobilise, il existe des centres spécialisés. Mais la prise en charge dure un moment et tout le monde n’a pas accès aux soins, il n’y a pas d’accompagnement médico-social non plus ensuite.
 
Pourtant, lorsque l’on s’est retrouvé dans l’impasse une première fois, cela peut revenir. Il n’y a certes pas de médicament miracle, pas de bonne personne ou de bonne thérapie car les parcours sont différents. Mais il est important de prendre le temps de l’accompagnement.

Propos recueillis par Corentin Chauvel
Renseignements

Les 14e journées nationales de prévention du suicide auront lieu du 1er au 5 février à Paris.
 
Plus d’informations sur: http://www.infosuicide.org/ et http://www.recherche-rencontres.org/
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