Deux jeunes infirmières dans un centre de vaccination à Paris le 12 novembre 2009.
Deux jeunes infirmières dans un centre de vaccination à Paris le 12 novembre 2009. - REUTERS/Charles Platiau
Des étudiants qui vaccinent sans autorisation, des «erreurs» qui se multiplient et des hôpitaux qui annulent des opérations, faute de personnel. Depuis une semaine, les internes en médecine et les étudiants infirmiers sont réquisitionnés dans les centres de vaccination pour prêter main forte dans les centres débordés. Dans la désorganisation la plus totale.
 
Sans être contre le principe, ces jeunes s'indignent des conditions des réquisitions malgré les promesses de la ministre de la santé Roselyne Bachelot.
 
«Des interventions et des IVG reportées»

«Les jours ne correspondent pas du tout aux plannings des services, pourtant communiqués à la DDASS, explique à 20minutes.fr Youri Yordanov, du SIHP (Syndicat des Internes des Hôpitaux de Paris). On comprend que c'est une situation exceptionnelle, mais là on privilégie le préventif (la vaccination) aux dépens du curatif. Par exemple, le service gynécologie de l'hôpital Bichat, à Paris, va devoir reporter des IVG et des interventions à cause du manque de personnel!».
 
Et dans les centres, les consignes ne sont pas toujours respectées. Si les internes ne peuvent en principe que mener les entretiens pré-vaccination, ils sont parfois contraints de faire les injections eux-mêmes, sans médecin référent pour surveiller. «Ce qui n'est pas légal», rappelle Youri Yordanov.
 
Sans titulaire, les étudiants font parfois des erreurs de dosage

Même chose pour les élèves infirmiers. Ils doivent piquer sous le contrôle d’un titulaire. Mais dans certains cas, «on s’accommode». «Quand il n’y a pas d’infirmiers, les médecins présents veulent bien nous superviser. Mais dans certains cas, il n’y en a même pas. Parfois, on doit effectuer 600 vaccinations dans la même journée, c'est beaucoup. Mais on fait tout pour éviter les petites erreurs», dit Joël Droitcourt, en 3e année et vice-président du comité des étudiants infirmiers de Meaux, interrogé par 20minutes.fr.
 
Des erreurs souvent toutes bénignes. Mais qui se multiplient. «De plus en plus de cas d’accidents, de patients qui reçoivent des surdoses, remontent à mes oreilles. Car ce ne sont pas les mêmes étudiants qui préparent le vaccin (mélange d’une base et d’un adjuvant) et ceux qui l’administrent. Or le vaccin n’est pas le même pour tous!», rappelle Thierry Amouroux, secrétaire du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI).
 
Réquisitionnés la veille de leurs examens

Bref, des conditions de travail loin de la normalité mais aussi des semaines de cours annulées. «Il n'y a pas de report de cours programmé. Les ministres considèrent les élèves comme des glandouilleurs qui peuvent très bien aller vacciner», s’insurge Thierry Amouroux.
 
«Certains étudiants ont été réquisitionnés la veille de leurs examens», renchérit Thomas Chrétien, président de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI). «Et des stages de mise en pratique, indispensables à notre formation, ont été annulés». Et ne seront jamais récupérés. Difficiles pour eux de boucler leur semestre en toute sérénité.
 
Alors, les étudiants s’organisent sur la toile. Ils y parlent de leurs galères et ont même organisé une manifestation la semaine dernière sous les fenêtres de Roselyne Bachelot. Ils décortiquent l’arrêté de réquisition. Histoire de voir ce qu’ils risquent s’ils refusent de vacciner…
 

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