INTERVIEW - Le politologue spécialiste du Front national analyse la stratégie du parti de la majorité à trois mois des élections régionales...
Pour Jean-Yves Camus,
la montée du débat sur l'identité nationale et les problématiques sécuritaires détourne l'attention des Français des questions essentielles et risque de permettre au Front national d'opérer une nouvelle percée aux prochaines élections. Interview.
Minarets, identité nationale, couvre-feu... A trois mois des régionales, l'UMP ne s'aventure-t-il pas sur les plates-bandes du FN?
L'UMP opère un virage très à droite, voulu, mais qui n'est pas maîtrisé. Le parti envoie des signaux à ses électeurs les plus à droite pour légitimer une ouverture politique encore mal acceptée. Mais le problème est que ce débat ne correspond pas aux attentes de la majorité des Français, qui ne perçoivent pas le débat sur l'identité nationale comme une priorité. Je pense que ces questions,
notamment celle sur l'identité nationale, tombent au mauvais moment. Nous sommes en quasi-campagne électorale et ce timing n'échappe pas aux Français.
Cette stratégie est donc risquée?
Oui, le danger est que ce débat se retourne contre ses concepteurs. Nous sommes à mi-mandat de la présidence de Nicolas Sarkozy. Il existe toujours à cette période un coup de blues chez les électeurs. Si les Français décident que Nicolas Sarkozy n'est pas bon, ils préféreront l'original à la copie, c'est-à-dire Jean-Marie Le Pen. De plus, ce débat sur l'identité nationale ne fait pas l'unanimité au sein de l'UMP.
Il existe ainsi un risque de division et de friction au sein du parti de la majorité face au noyau dur de cette droite décomplexée.
En plus d'une montée du FN, l'UMP risque-t-il d'évincer un vrai débat de fond pour les prochaines élections?
Oui. Ce virage à droite de la droite est un masque destiné à faire se concentrer la réflexion des citoyens sur un non-sujet. Cette réflexion devrait se concentrer sur les inégalités causées par notre société, sur les conditions de travail, sur la situation économique et sociale en général. C'est quand même la première fois, en France, que les parents se rendent comptent que l'avenir de leurs enfants est moins sûr que le leur. Il y a donc une dérive du débat pour faire oublier les questions de fond.
Propos recueillis Maud Descamps