Depuis le 30 octobre, Anaïs* a enfin le droit de le «voir», de le «toucher». Le mercredi et le samedi. Une demi-heure à chaque fois. «Le parloir est une grande salle remplie de petits bancs, décrit la jeune femme de 24 ans. Il n'y a pas de rideaux. Juste des paravents qui n'isolent rien.» Surtout pas les relations sexuelles qu'elle entretient avec son compagnon.
Agé de 30 ans, il a été condamné à quatre ans de prison pour trafic de stupéfiants. Il purge sa peine à Chaumont (Haute-Marne). «On devait se marier, mais on n'en a pas eu le temps», déplore Anaïs, qui a «appris» à faire l'amour au parloir.
«Je mets toujours une jupe quand je vais le voir. Un pantalon, c'est trop compliqué à enlever. Je prends aussi un châle pour cacher ce qui peut l'être. Mais c'est vraiment horrible. Des fois, il y a des enfants dans la pièce. On entend tous les bruits.»
Et les surveillants voient tout. Il y a trois caméras vissées au plafond. Plus un maton qui tourne en permanence. « Les caméras, on a appris à les oublier. Mais pas le surveillant. Quand il nous regarde pendant un rapport, il faut s'arrêter. Après, seulement, on recommence. »
Malgré tout, Anaïs n'a jamais essuyé de remarque graveleuse. Son compagnon, si. «La dernière fois, ils lui ont dit : "C'était actif ton parloir !".» En quelques semaines, Anaïs a trouvé les horaires où «il y a moins de monde» et les coins «les plus discrets». Mais ça ne suffit pas. Elle vient de formuler une demande de transfert pour son compagnon. «On a demandé le centre de détention de Joux-la-Ville (Yonne). C'est plus près de chez moi. Et il paraît qu'il y a des parloirs intimes.»
* Le prénom a été modifié.