RELIGION - Même si un référendum dans les mêmes termes est impossible, une partie de la majorité et de la population semble favorable à l'ouverture d'un débat...
«Je suis atterré par ce vote, mais si on le faisait en France, on aurait peut-être le même résultat.» Si l'on en croit les résultats d'un sondage Ifop pour
Le Figaro publié ce mercredi, le député UMP François Grosdidier avait vu juste. D'après cette enquête d'opinion,
46% des sondés se disent favorables à l'interdiction de la construction de minarets en France.
En France, donc, comme dans le reste de l'Europe, la question se pose désormais: et si les résultats
du référendum suisse révélaient une tendance bien plus générale?
«Une réelle interrogation en France»
Les sondages réalisés par certains médias en ligne français révèlent en tout cas un fort intérêt pour la question. Plus de 49.000 internautes ont ainsi répondu
au sondage du figaro.fr, qui posait la question suivante: «Faut-il interdire la construction de nouveaux minarets en France?» Réponse: «oui» à 87%. Idem sur l'express.fr, où
la même question obtient 73,3% de «oui», sur près de 19.000 votants. si lemonde.fr a contourné le problème, interrogeant ses internautes sur l'intérêt d'un référendum, les résultats sont tout aussi marqués: sur 42.147 votants, 58,4%
y voient un signe de démocratie.
Pour le politologue Pascal Perrineau, dans «un contexte de globalisation et de mondialisation, il y a en effet une réelle interrogation en France, comme en Suisse, sur les problèmes liés au sentiment d'appartenance à une communauté et à une identité nationale». «Ces questions ne peuvent pas être balayées d'un revers de main», ajoute-t-il, estimant que l'actuel débat sur l'identité nationale est «légitime». La levée de boucliers sur le sujet reflète, selon lui, un divorce entre le monde politico-intello-médiatique et la population et illustre bien «une crise de la représentativité en France». Doublé, peut-être, d'un «effet post-21 avril 2002» - où le Front national était arrivé au deuxième tour de la présidentielle.
L'affaire des communes
Ce divorce entre les élites et la population est un thème cher à Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat a d'ailleurs estimé devant des élus de la majorité mardi que le référendum sur les minarets «était l'illustration que les gens, en Suisse comme en France, ne veulent pas que leur pays change, qu'il soit dénaturé. Ils veulent garder leur identité». Si la majorité apparaît divisée sur ce sujet, certains, comme Dominique Paillé ou Xavier Bertrand, n'ont pas hésité rebondir dessus, le déplaçant sur le terrain français.
Reste qu'un éventuel débat sur les minarets en France ne pourrait pas être organisé dans les mêmes termes qu'en Suisse,
d'un point de vue constitutionnel. La construction de minarets reste l'affaire des communes, qui ont la main sur le plan local d'urbanisme (PLU). Les maires négocient ainsi directement avec les représentants de la communauté musulmane la construction de mosquées, avec ou sans minaret. «Le gouvernement ou la loi ne peuvent pas avoir une influence positive ou négative sur le PLU, explique à 20minutes.fr Jacques Pelissard, président de
l'Association des maires de France et maire (UMP) de Lons-le-Saunier (Jura). On ne tolérerait pas qu'on nous impose des règles d'urbanisme dans un sens ou dans un autre, car on dispose de la libre administration de notre territoire».
Enterré, donc, le débat sur les minarets? Peut-être. Mais ceux sur l'identité nationale et la burqa risquent bien d'avoir de beaux jours devant eux, d'ici aux prochaines échéances électorales.
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Catherine Fournier