Afghanistan: «La France est bien embêtée» face aux Etats-Unis

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Publié le 2 décembre 2009.

INTERVIEW - Karim Pakzad, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), revient sur les enjeux des deux pays en Afghanistan...

Bernard Kouchner ne dit pas non à un renforcement de la présence française en Afghanistan, mais parle plutôt de présence civle que militaire, après que Barack Obama a annoncé l'envoi de 30.000 soldats américains supplémentaires sur place.

L'enjeu de la guerre menée en Afghanistan est-il le même globalement pour la France et les Etats-Unis?
Oui bien sûr, si on parle de ce qui prévalait à l'origine de la guerre, c'est-à-dire la lutte contre le terrorisme. La France comme les Etats-Unis se sont engagés là-bas pour éliminer cette menace qui pèse aussi bien sur l'Europe que sur nos voisins d'outre-atlantique. Mais au fond, les enjeux de chacun des deux pays ne sont absolument pas comparables. Dès le début, cette guerre a été celle des Etats-Unis et non celle de la France. Celle-ci a suivi les Etats-Unis qui a demandé de l'aide à ses alliés. La France s'est engagée par solidarité. L'engagement américain en Afghanistan est beaucoup plus fort.

La France se trouve dans la position de suiveur, cela peut-il lui jouer des tours?
Oui, complètement et c'est exactement ce qui se passe depuis ce mercredi matin. Depuis que Barack Obama a annoncé qu'il allait envoyer 30.000 soldats supplémentaires, la France est bien embêtée. Bernard Kouchner a rappelé que la France avait renforcé ses troupes en avril dernier pour ne pas avoir a en envoyer davantage. Mais cela s'est fait à un moment où ça n'était absolument pas nécessaire. Cet envoi coïncidait avec le retour de la France dans l'Otan, il fallait donc qu'elle montre une volonté de s'engager. Aujourd'hui, elle ne peut pas faire plus.

Cela signifie-t-il que la France est coincée entre l'Otan et les Etats-Unis?
En quelque sorte, oui. La France risque de refroidir encore un peu plus le climat entre Paris et Washington. Depuis quelques temps, Nicolas Sarkozy prend le contre-pied de Barack Obama sur de nombreux dossiers. L'Iran, Copenhague, l'Afghanistan etc. Diplomatiquement, ce n'est donc pas très bon. Et cela ne concerne pas que ses rapports avec les Etats-Unis. La France a voulu réintégrer l'Otan, mais elle n'est pas en mesure de respecter les règles du jeu. Elle risque donc de se fâcher avec l'organisation dans laquelle figurent des pays bien plus engagés qu'elle dans cette guerre.

Le poids de l'opinion publique sur les choix militaires est-il comparable entre la France et les Etats-Unis?
Disons qu'au départ, les Américains étaient en majorité favorables à cette guerre. La décision a été prise après les événements du 11 septembre 2001 et donc sur un facteur «émotion» important. Mais depuis quelques mois, on voit bien que l'opinion publique américaine s’oppose à cette guerre qui dure depuis trop longtemps. Même chose du côté français, la guerre en Afghanistan n'est pas soutenue par l'opinion publique. Mais la différence avec les Etats-Unis est que les Américains ont perdu beaucoup plus de soldats que la France. L'émotion et les critiques sont donc beaucoup plus vives aux Etats-Unis. Barak Obama a donc une pression supplémentaire qui l’oblige à revoir sa stratégie sur place.
Maud Descamps
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