INTERVIEW - Le président de l'Association de familles endeuillées, qui regroupe 21 familles de victimes, et père d'Alain Ratier, décédé le 21 septembre alors qu'il intervenait pour son entreprise sur le site de l'usine AZF, répond à «20 Minutes»...
Le procureur vient de faire appel de la relaxe générale prononcée jeudi par le tribunal correctionnel. Qu’est-ce que cela vous inspire?
Jeudi, j'ai attendu le procureur à l’issue de l’audience pour lui dire que nous étions partisans de faire appel, mais je n’ai pas pu le voir. Aujourd’hui j’apprends qu’il a fait appel, cela va dans le sens de ce que nous avions souhaité.
Est-ce que vous êtes prêt personnellement à mener ce nouveau combat?
Je l’ai dit à de multiples reprises à la veille du délibéré: j’aurais souhaité personnellement que le combat s’achève. Cela fait huit ans que nous nous battons, j’y ai laissé une partie de ma santé, mais aujourd’hui je n’ai pas le choix, ce combat, je le poursuivrais autant que je pourrais. Avec une détermination encore plus forte pour obtenir ce qui s’appelle la justice. Ce jugement est une porte ouverte à la délinquance industrielle car la commission d’enquête interne de Total a empêché l’enquête judiciaire, a fait disparaître les preuves. Il faut que l’on sanctionne l’industriel pour cela, sinon, à l’avenir, les industriels peuvent faire disparaître à loisir les traces et les preuves.
Mais lors de l’appel, il n’y aura toujours pas de preuves nouvelles?
Je suis sûr qu’à l’occasion de l’appel, une part importante de l’audience va être consacrée aux agissements de la commission d’enquête interne qui a fait disparaître cette benne.
Le jugement critique ses agissements, les mêmes que vous aviez dénoncés dès 2004 par une plainte pour entrave à l’enquête pénale, qui a abouti sur un non lieu...
On m’a pris pour un imbécile à l’époque, j’ai été le premier à me battre là-dessus. Les gens préféraient m’entendre m’exprimer sentimentalement... ce n’est pas ce qui m’intéresse. Au début de l’audience, j’ai éprouvé le besoin de simplifier la chose pour que les causes soient accessibles à tous. Je pense aujourd’hui à la réaction du président sur le délit d’entrave: «Quatre mois de procès ne seraient pas nécessaires si les choses étaient aussi simples.» Depuis, il a pris connaissance du dossier, il a compris, mais n’a pas sanctionné. C’est pas facile à avaler.
Avez-vous l’espoir que la cour d’appel condamne après la relaxe en première instance?
J’ai toujours un peu d’espoir mais pas à la mesure de l’engagement que cela va entraîner. Lors du dépôt de plainte pour entrave à l’enquête, personne ne m’a aidé, ne m’a compris, mais je savais qu’un jour cela ressortirait. Mais je me suis épuisé là-dessus. Je voudrais que les gens comprennent que si la commission d’enquête interne n’était pas intervenue, nous n’en serions pas là aujourd’hui.
Propos recueillis par Béatrice Colin