PROCES - Grande Paroisse et son directeur sont relaxés au bénéfice du doute...
De nos correspondantes à Toulouse
Pas de preuve indiscutable, donc pas de coupable. Le tribunal correctionnel de Toulouse a prononcé hier la
relaxe de la Société Grande paroisse et de son ex-directeur Serge Biechlin. Il n'y a donc pas d'explication judiciaire à la catastrophe du 21 septembre 2001 qui a causé 31 morts, blessé 20.000 personnes et ravagé Toulouse.
Aveu d’impuissance
C'est avec la voix nouée, et à l'issue d'une heure et demi d'explications, que le président Thomas le Monnyer a lâché cet aveu d'impuissance. Et après avoir pilonné la plupart des protagonistes du dossier. Le procureur Michel Bréard est épinglé pour «avoir tenu des propos extravagants», accréditant la piste chimique trois jours seulement après l'explosion.
Le juge d'instruction se voit reprocher de «n'avoir pas su se soustraire au temps médiatique». Et que dire de la société Grande paroisse pointée «pour ces manquements réglementaires et organisationnels», notamment en matière de gestion des déchets. La palme revient indiscutablement à la Commission d'enquête interne (CEI) de l'usine, dont les investigations ont conduit «de manière fallacieuse» à écarter la thèse chimique.
Blanchi par défaut
Et si le tribunal laisse une toute petite porte ouverte sur la piste intentionnelle - jugée cependant «non étayée et non-incarnée» -, il a «la conviction que les experts judiciaires approchent de la vérité». Les juges penchent donc pour la piste chimique et un mélange accidentel entre un produit chloré (le DccNa) et le stock d'amonitrates déclassés du hangar 221. Ils affirment cependant qu'ils n'ont pas la «preuve certaine» que la benne incriminée contenait du Dccna. Et ce maillon faible dans «la machine infernale» explique la relaxe.
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Ainsi blanchi par défaut, Total s'est abstenu hier de bomber le torse. «Le tribunal a fait le même constat que nous depuis le début. Mais comme l'ensemble des victimes, des Toulousains et de nos salariés, nous restons frustrés de ne pas connaître les causes de cette catastrophe», a déclaré Jean-Jacques Guilbaud, le secrétaire général du groupe pétrolier.
« Nous sommes contents car nous redoutions que sur la base d'une hypothèse, le tribunal prenne une sanction et qu'on en reste là. Nous sommes toujours dans l'interrogation sur l'explication. L'histoire, il va falloir continuer à l'écrire», a réagi Jacques Mignard, le président de l'association des salariés.
La plus grande catastrophe industrielle d'après-guerre a pour l'instant un goût d'inachevé. Mais le parquet a encore la possibilité de faire appel de ce jugement. Il devrait se prononcer sur cette éventualité avant la fin du week-end.
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Béatrice Colin et Hélène Ménal