ANALYSE - Alors que les pays du Nord de l'Europe mise tout sur l'e-democratie, la France semble bien en retard en matière d'utilisation d'Internet. Mais est-ce vraiment dommage?...
Pas facile d'intéresser le citoyen à la vie politique. Les débats ne sont pas toujours passionnants. Leur traitement médiatique parfois indigeste. Leur utilisation du Net souvent rudimentaire. Les pays du Nord de l'Europe rivalisent d'ingéniosité pour attiser la curiosité du citoyen lambda. Alors que la Finlande fait de la politique
un jeu avec ses sélecteurs de candidats, l'Estonie fait venir
l'isoloir chez l'électeur grâce au vote par Internet.
En France, plusieurs initiatives existent. Pour les élections législatives de 2007, par exemple, le site monvoteamoi.com proposait
un questionnaire pour aider les électeurs à faire leur choix, sur le même modèle que le sélecteur de candidats utilisé en Finlande. «Le but était de mettre au point un outil utile pour les indécis», explique Arnault Coulet, co-créateur du site. «Cela a très bien marché pour la présidentielle avec un total de 600.000 visiteurs uniques, mais moins bien pour les législatives», ajoute-il.
En France, l'utilisation d'Internet dans les démarches administratives s'est beaucoup développée ces dernières années. On peut désormais payer ses impôts en ligne, s
'inscrire sur les listes électorales ou encore envoyer un extrait d'acte civil via le site mon-service-public.fr. Mais en matière de vote ou d'e-gouvernance, la France est loin de faire figure de leader. Un retard qui n'impacte pas nécessairement le bon fonctionnement de la démocratie.
Laisser du temps à la confrontation des arguments
L'e-démocratie a aussi ses limites. Tout publier dans la minute comme le font certains pays,
c'est le cas en Estonie par exemple, n'est pas gage de démocratie. Là-bas, les débats du conseil des ministres sont retransmis quasiment en temps réel sur le site du gouvernement. Mais «la transparence n'est pas la garantie d'un débat libre et démocratique», explique Bernard Manin, politologue français. «Il est nécessaire, pour que le processus démocratique fonctionne de laisser les arguments se confronter afin de faire avancer les discussions», ajoute-t-il.
Or, dans un système où tout est quasiment en direct sur Internet, il devient difficile de se sentir libre de parler. Certains ministres ou parlementaires peuvent, en effet, tenir des propos plus modérés qu'ils ne le souhaiteraient, sachant que la moindre phrase est automatiquement publiée ou Twittée.
Des moteurs de recherches pour la politique
Pour Bernard Manin, publier un grand nombre de documents sur le web «ce n'est pas l'e-démocratie. On le voit bien avec ce que font les institutions européennes. Tous les documents sont en ligne, mais cela n'aide en rien les citoyens à mieux comprendre ce qu'il se passe». Le politologue prône le développement d'outils destinés à aider le citoyen à mieux comprendre la politique. Il estime que la généralisation du sélecteur de candidat en France pourrait être «très utile».
«Il ne faut pas supposer que nous sommes tous avides d'informations politiques», explique le spécialiste. «Il faut donc développer des instruments qui servent d'intermédiaire entre la politique et les citoyens. Tout ce qui suscite l'intérêt de l'électeur pour ce sujet est positif». Le politologue imagine la création «de moteurs de recherche spécialisés en politique». A la manière de Google ou de Yahoo, il suggère la mise en place d'un outil qui permettrait au citoyen de trouver les bonnes informations et non plus toutes les informations disponibles.
Maud Descamps
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