ENVIRONNEMENT - Face aux quotas de plus en plus drastiques, la pêche illégale est en train de d'anéantir l'espèce. Frédéric Denhez, auteur et spécialiste de la mer, fait le point sur la situation du thon rouge...
La commission internationale de protection des thonidés, Cicta, vote les 14 et 15 novembre, au Brésil, les nouveaux quotas de pêche du thon rouge.
Il fait partie des espèces très menacées, mais toujours présente dans notre assiette.
Pourquoi et par quoi est-il menacé?
Autrefois menacé par la pêche intensive,
il l'est aussi par la pêche illégale. Deux organisations de défense de la nature ont dénoncé mercredi dernier des captures illégales de jeunes thons rouges en Méditerranée. Ces pratiques mettent en danger la pérennité de l'espèce. Ces thons sont ensuite relâchés dans des fermes aquacoles, dans de vastes nasses placées en pleine mer, où ils sont engraissés avant d'être vendus. Le plus souvent c'est au Japon qu'ils sont envoyés pour être consommés crus sous forme de sushi. Le thon rouge est pêché par l'ensemble des pays du pourtour méditerranéen auxquels se joignent un grand nombre de bateaux d'autres pays.
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Peut-on encore le sauver?
Oui, mais il faudrait un contrôle plus rigoureux des quotas. «On pourrait imaginer une monétarisation des quotas ou une répartition de ceux-ci par coopérative», explique Frédéric Denhez. «Engros, lorsqu'un bateau dépasserait son quota de pêche, il serait obligé de payer». Il faudrait également que les zones de pêche soient mise au repos afin de permettre à l'espèce de se reproduire.
Faut-il arrêter de manger du thon rouge?
Oui. Frédéric Denhez est catégorique, «il faut arrêter d'en manger. On est en train de détruire un poisson qui est un super prédateur». La diminution du nombre de thon rouge a des effet sur l'ensemble de l'écosystème. «Une espèce est une chaîne de relation. Lorsqu'elle disparaît, c'est tout un équilibre qui s'effondre», conclut le spécialiste.
Pourquoi on parle toujours de cette espèce?
Certes le thon rouge n'est pas la seule espèce menacée, «la morue l'est également et depuis plus longtemps», explique Frédéric Danhez, auteur de Plus de poisson à la criée : menaces sur les réserves mondiales. Mais le thon rouge est devenu un symbole. «Celui de la lutte contre la sur-exploitation des ressources marines», souligne l'expert.
Où trouve-t-on du thon rouge?
Il existe deux stocks principaux de thon rouge:
dans l'océan Atlantique et en mer Méditerranée. Le thon rouge de l'Atlantique, qui est l'espèce la plus pêchée, a une espérance de vie de 20 à 40 ans et met plusieurs années avant d'atteindre la maturité. http://fdenhez.perso.neuf.fr/
Où en sont les quotas?
La loi impose des quotas qui sont de plus en plus drastiques. Les captures autorisées sont établies par des négociations entre les États parmi les commissions internationales chargées de la conservation des espèces de thons. Ces commissions sont des organisations intergouvernementales. «Mais personne ne respecte ces quotas en France, car personne ne contrôle les quantités déchargées au port», explique Frédéric Danhez.
A part les quotas, quelles sont les autres réglementations?
Le 9 septembre 2009, la Commission européenne a proposé aux pays de l’UE de soutenir une interdiction mondiale de son commerce, en demandant l'inscription du thon rouge de l'Atlantique sur dans la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Mais la position de l'UE ne sera connue qu'en mars 2010.
Pourquoi les pêcheurs ne respectent pas tous les règles?
«Le pêcheur est le seul maître à bord de son bateau», déclare Frédéric Denhez. Il est convenu que les ressources de la mer n'appartiennent à personne. Ainsi tout le monde se sert», joute-t-il. De plus l'enjeu financier est énorme. Le prix d'un thon rouge adulte peut atteindre plusieurs milliers d'euros. Un thon
rouge de 128 kilos a été vendu 75.000 euros au Japon en janvier 2008. Enfin, les bateaux des pêcheurs sont de plus en plus gros. Ils doivent donc rentabiliser les frais en ramenant de plus grosses pêches.
>> Mangez-vous du thon rouge ou faites-vous attention à ne pas en consommer?
Maud Descamps