Le destin scolaire des jeunes issus de milieux modestes
vous étonne-t-il ?
Pas du tout. Le manque de motivation est lié à l'histoire familiale, et le manque de conviction à l'appartenance à une classe sociale. En France, les gens ont trop tendance à croire qu'ils sont foutus.
De fait, l'étude de l'Insee prouve que ces jeunes ont moins de chance d'intégrer l'ENA...
Le problème, c'est surtout que la conviction que si on veut, on peut, a disparu dans notre société. Pour être candidat à la promotion au mérite, il faut avoir le sentiment que tout est possible.
Pourquoi cette autocensure ?
Parce que les gens sont résignés. La superposition d'exclusions géographiques, culturelles et économiques les entretient dans le sentiment que le sort social est déterminant et que les misérables sont condamnés à le rester. Alors que certains réussissent, parce qu'ils en veulent !
L'école est-elle incapable de faire progresser et de pousser ses élèves ?
On ne peut pas accuser l'école. Parfois, elle dysfonctionne. Parfois aussi, à quelques kilomètres des lycées déprimants, il y a des classes bourrées de Rama Yade ! Et puis il faut cesser de penser que la réussite n'est possible qu'à travers les diplômes, le foot ou la « Star Ac' » .
La méritocratie à la française n'est-elle plus qu'un mot ?
Disons qu'elle est mal en point. Le système scolaire manque de lisibilité : les diplômes, cursus et filières sont devenus trop complexes. Même les bourgeois ne s'y retrouvent plus. W
Recueilli par Laure de Charette