FAIT-DIVERS - C'est la première fois qu'un convoyeur de fonds est soupçonné d'avoir dérobé plus de 11 millions d'euros. Explications...
Un fourgon blindé contenant plus de 11 millions d’euros emballés dans des sacs compactés
s’est volatilisé jeudi matin, à Lyon. Il s'agit de la première fois qu'un tel déturnement a lieu en France. «Le procédé est astucieux : il s'agit d'un vol sans violence, passible de trois ans de prison», a précisé le procureur, Xavier Richaud, ajoutant : «ce mode opératoire est une première en France. On a déjà vu des attaques avec des complicités internes, mais jamais un convoyeur» impliqué à ce point là.Le chauffeur, principal suspect, est activement recherché pour l’un des plus importants vols de transport de fonds de ces dernières années. Mais comment a-t-il pu réussir un tel coup? Décryptage.
Profiter d'une faille dans la procédure
«Il y a une procédure définie pour les convois de fonds», explique Jean-Paul Borrelly, responsable du syndicat Alliance à Lyon. Dans une équipe de trois convoyeurs, comme c'était le cas lors de l'attaque de jeudi, «un (convoyeur) reste dans le véhicule, un autre va chercher les sacs de billets et un troisième assure sa sécurité. On peut donc avoir un moment où un convoyeur est seul dans le véhicule», indique-t-il. Ce que confirme Pascal Quiroga, responsable national de la CFDT-Transport de fonds: «Quand on dessert un client, une partie de l'équipage descend mais le chauffeur reste au volant, moteur allumé, pour partir en cas de coup dur». Mais dans cette affaire, «les deux autres seraient allés remplir des formalités administratives» et non pas chercher de l'argent et «dans ce cas, il y a une faute de procédure», a souligné le responsable du syndicat Alliance.
Une information démentie par le procureur de Lyon. Contacté par 20minutes.fr, il estime qu’«il n’y a pas eu de failles». «Cela s’est déroulé comme d’habitude: le conducteur reste au volant, pendant que le convoyeur et l’accompagnateur sortent du fourgon et vont dans la banque, chez Transval dans ce cas. C’est en sortant qu’ils ont constaté qu’il n’y avait plus de fourgon». La société suédoise de transports de fonds Loomis a quant à elle souligné qu'«il n'y avait pas eu de manquement» aux procédures, démentant l'existence d'une limite réglementaire de 5 millions d'euros pour les sommes transportées par un fourgon.
Choisir son équipe
«Ça fait quelques mois qu’
on le sentait bizarre», reconnaît un de ses collègues, sur France Info. Tony Musulin était responsable de son équipe. Il a pu faire du vide et choisir les personnes qui ne le gêneraient pas dans son plan. «Il a choisi des personnes avec qui il ne voulait pas qu’il y ait d’embrouilles, des novices», poursuit son collègue.
Avoir une forte motivation
L’argent dans ce cas. Son collègue le décrit comme quelqu’un de «très radin», qui ne «payait jamais un café» et qui se plaignait sans cesse de son salaire. «Il était obnubilé par ça».
Maximiser le profit
11,6 millions d’euros dans le fourgon. Une somme importante, alors que le convoi «
aurait dû effectuer deux trajets successifs» selon
le Progrès de Lyon. Une habitude des convoyeurs qui gagnaient ainsi du temps ou une ruse du conducteur pour partir avec plus d’argent? Pour le moment, pas de réponse à cette question. «Mais on peut supposer aussi qu’il serait parti avec six millions aussi», estime le procureur de Lyon.
Déjouer la localisation
Le système de localisation par GPS du fourgon a été déconnecté. Pas possible de suivre le véhicule dès sa disparition. Il faudra plus de deux heures à la police pour le localiser,
à moins de deux kilomètres de là, toujours à Lyon.
Ne pas laisser de traces
Tony Musulin, 39 ans, est un homme très discret. «Personne ne le connaît à l’extérieur du travail», explique un de ses collègues, sur France Info.
Le procureur de Lyon détaille: «On a été faire une perquisition chez ce garçon, et on a eu la surprise de découvrir un appartement quasiment inoccupé, presque nettoyé, comme s'il avait préparé sa fuite» en vidant son réfrigérateur et en emportant draps et papiers, a poursuivi le procureur. Le magistrat a ajouté avoir «un certain nombre d'éléments» indiquant que les comptes bancaires de cet homme, employé chez Loomis depuis une dizaine d'années, «ont été vidés».
Déjouer les recherches
«Nous devons d’abord trouver un fil conducteur pour le retrouver, on travaille donc sur son environnement, ses comptes bancaires», détaille le procureur. Mais pour le moment, pas de fil conducteur, Tony Musulin s’est évaporé dans la nature...
Oriane Raffin
Les billets «pas répertoriés»
Bien qu'issus de la Banque de France et «quasi neufs», les billets «ne sont pas répertoriés: ils sont numérotés mais nous n'avons pas la liste des numéros, et seule une tentative d'écouler de grosses sommes pourrait mettre la puce à l'oreille des autorités», a indiqué le procureur de la République à Lyon.