SANTE - Devant l'impossibilité de différencier le virus de celui de la grippe saisonnière, chacun fait comme il le sent. Témoignages...
La grippe A (H1N1),
tout le monde en parle mais personne ne la voit. Et même ceux qui l'ont eue sont rarement sûrs de leur coup. La raison est simple: depuis l'été,
les médecins ont arrêté les prélèvements systématiques, seul moyen de différencier à coup sûr une grippe A d'une grippe saisonnière. Seuls les patients à risque, les cas graves ou groupés, les femmes enceintes ou les nourrissons sont dépistés d'emblée (lire encadré). Dans les faits, du coup, chaque médecin a sa façon de gérer ses patients grippés.
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Le roi de la psychose
Julie n'a «pas eu peur une minute de mourir». Pourtant son médecin y a mis du sien. Mi-septembre, cette parisienne de 34 ans tousse et a «quelques courbatures». Elle appelle donc son médecin, qui refuse de la voir venir «contaminer la salle d'attente» et lui donne «le numéro des urgences sanitaires de Paris». Un praticien «ganté et masqué» vient donc l'examiner à domicile et lui annonce: «Félicitations, vous êtes diagnostiquée comme porteuse du virus!» Avant de réaliser un prélèvement nasal, qui confirmera le diagnostic. Julie s'en tirera avec un pronostic (vous allez «beaucoup souffrir») et quelques conseils (porter un masque et «abuser du liquide anti-bactérien»), qui ne l'empêcheront pas de contaminer son petit ami.
Le médecin qui ne veut pas inquiéter
Véronique ne sait pas si elle a eu la grippe A. Un soir, début septembre, elle quitte le bureau tôt après s'être «brutalement sentie mal». La petite toux du matin a laissé place à une sensation de montée de fièvre. Mais le lendemain, son médecin lui diagnostique un simple «état grippal». «Pas sûr que ce soit la grippe A», assure-t-elle à sa patiente. Véronique repart avec quelques conseils, une ordonnance pour des masques et un traitement, et un arrêt-maladie de deux jours. Elle devra même négocier une prolongation d'une journée car du côté de son employeur, on ne veut pas la revoir de si tôt. Au total, avec le week-end à suivre, elle passera cinq jours «effondrée sur son canapé, à regarder des séries télé pour ado», seule activité que «(son) cerveau peut supporter».
Le médecin qui prend la grippe à la légère
Achille a 9 ans. Courant octobre, il a eu une grippe du genre carabiné. «Maux de tête, 39 de fièvre et une grosse toux», raconte sa maman. Au bout de quelques jours de traitement à la maison, ses parents emmènent Achille chez le médecin. «A aucun moment, il n'a été question de grippe A», assure sa mère, infirmière. Malgré le risque de contaminer sa petite soeur de 5 ans, voire sa maman et ses patients, Achille repart du cabinet sans masque ni conseils: «Le médecin nous a juste demandé de lui faire passer une radio si les choses ne s'arrangeaient pas sous 48 heures». Au final, l'examen ne sera pas nécessaire, et Achille ne contaminera personne dans son entourage immédiat.
Le médecin qui fait tout bien
Emilie a eu de la chance. En juillet, cette jeune fille de 22 ans ressent des symptômes brutaux. «En une demi-heure, j'étais par terre», raconte-t-elle. Elle consulte donc son médecin, et tout se passe comme dans les livres: «Il m'a prescrit des médicaments et m'a arrêtée cinq jours», explique Emilie. Non sans lui prodiguer les conseils d’usage: «Eviter le contact avec les femmes enceintes et ne pas sortir sans masque». Et après avoir pris soin de lui expliquer pourquoi il ne lui faisait pas de prélèvement. Assommée, Emilie est donc restée au chaud et a pu reprendre le travail à l'issue de son arrêt maladie. Sans avoir pris le risque de contaminer quiconque.
Le médecin qui arrive trop tard
Kevin a vécu plusieurs jours comme «un zombi». Fin octobre, ce Dunkerquois de 30 ans émigré à Paris ressent les premiers symptômes. Une petite toux, puis «une grosse montée de fièvre». «J'étais déchiré», décrit-il. Pendant quatre jours, il reste donc enfermé chez lui sans pouvoir se «concentrer cinq minutes», fait «des nuits de 13h», ne «mange quasiment rien». Ce n'est qu'une fois qu'il va mieux qu'il prend l'avis d'un ami médecin qui lui annonce, mais un peu tard, que «c'est quasiment sûr que c'était la grippe A».
Julien Ménielle
A des fins de surveillances, les médecins du réseau des
Groupes régionaux d'observation de la grippe (Grog) continuent à réaliser des prélèvements à leurs patients «en cas de forte suspicion de grippe». Mais il s'agit d'étudier le virus, sa circulation, et de faire des statistiques. Pour le reste, «mêmes symptômes, même traitement», conclut de Grog. «Il s'agit juste de faire respecter les "
mesures barrières" systématiquement pour limiter l'épidémie».