« J'ai toujours le sourire, c'est comme ça que je me protège »

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Publié le 5 novembre 2009.

SOCIETE - Alors que le Secours Catholique publie son rapport annuel sur la pauvreté, le témoignage d'une mère de famille...

«J 'en ai passé des moments avec mes enfants serrés dans mes bras à pleurer, ou à déprimer seule sous la couette...» Mais Sandra, 38 ans, n'est pas le genre de femme qu'un mari violent, un divorce, la perte de sa maison, de ses meubles, de sa voiture et certains mois 2,50 euros sur son compte suffisent à abattre. Elle a dans la voix une énergie folle, un courage renouvelé chaque matin grâce à ses deux filles adolescentes, Maëlis et Alyzée, et son petit dernier, Kilyan, 12 ans. Ils forment sa «tribu», son «clan». «A Intermarché, où je travaille, ils disent que j'ai toujours le sourire. C'est comme ça que je me protège», dit-elle avec son accent de Toulouse. Après des mois sans ressources autres que le RMI et de minuscules pensions alimentaires versées par ses deux ex-époux, elle vient d'être embauchée comme caissière : un CDI de 30 heures par semaine, payées 35. Il faut dire qu'elle a «fait du porte à porte» pour trouver ce travail.

«Un monde où tout s'écroule»

Jusqu'à son divorce en 2007, Sandra menait une vie confortable de mère au foyer. «Je ne connaissais pas du tout le Secours catholique. J'ai hésité à rentrer, et puis quand j'ai franchi la porte, j'ai ressenti une chaleur.» Vêtements, colis alimentaires, mais aussi fer à repasser, lampe de chevet, chocolats de Pâques: l'association lui permet de survivre pendant près de deux ans. Et même de passer quelques jours de vacances dans un mobil-home près de Toulouse. «Mon fils était tellement heureux qu'il a fait un bisou aux dames pour les remercier», raconte Sandra, émue.

Avec le recul, elle décrit «un monde où tout s'écroule petit à petit», «un mur noir qui se dressait devant moi ». La dégringolade est «horrible» pour cette fille de cadre, née dans un milieu aisé et diplômée d'un bac gestion. «J'avais ma maison à 22 ans et mon premier mari avait monté son entreprise.» Mais depuis la mort de son père, quelques mois avant son divorce, elle est en rupture avec sa famille - seules deux tantes lui ont prêté de l'argent pour lui éviter d'être interdite bancaire. «En trois mois, je me suis retrouvée sans rien.»

C'est pour ses enfants, et grâce à eux, qu'elle s'accroche. Elle n'a pas le choix. «Je suis le moteur de ma famille. Je poursuis le parcours que je me suis fixé: retrouver du travail, des meubles, une voiture, de l'argent. » La pente est rude, mais elle la grimpe, avec le sourire, en pleurant parfois en silence. Ses enfants l'aident : quand elle rentre du travail, ils ont fait le ménage, leurs devoirs, et le dîner est prêt. La mairie de sa commune la soutient aussi : elle lui a attribué un logement très vite, un quatre pièces. Elle a beau dormir dans la même chambre que son fils, elle rêve déjà de la sortie du tunnel: «Quand on n'a rien, on fait avec. Et puis quand on aura un peu, on partagera. »

L. de C.
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