Nicolas Sarkozy, «un ventriloque qui prononce des choses qui ne viennent pas de lui»

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Publié le 29 octobre 2009.

DECRYPTAGE - Dans un discours aux agriculteurs, le président de la République a ressorti des vieux bouts de discours. Pourquoi? Comment? 20minutes.fr fait le point...

Poligny, Jura, mardi 27 octobre. Nicolas Sarkozy parle pendant près de trois quarts d’heure des aides qu’il destine à l’agriculture. Un discours qui se voulait novateur. Pourtant, ce mercredi, le Petit Journal de Canal + a réalisé un montage, prouvant que des morceaux du discours ne sont qu’un simple copier-coller d’un autre, prononcé en février dernier.

La faute à qui?


Au rédacteur du discours. Les conseillers de Nicolas Sarkozy sont pourtant des pros. «Ça me surprend car cela dénote un manque de professionnalisme des équipes autour de Nicolas Sarkozy. Ça fait amateur», explique le linguiste Jean Véronis, interrogé par 20minutes.fr.

Ce qui est surprenant, c’est que le président de la République, le discours en main, ne semble pas s’être rendu compte de la similitude des textes. «Nicolas Sarkozy affiche clairement qu’il est entouré de conseillers et de rédacteurs. Il l’assume. Ses conseillers, on les connaît. Il est un peu comme un ventriloque qui prononce des choses qui ne viennent pas de lui»

Est-ce mauvais pour l’image du président?

Oui et non. Nicolas Sarkozy promettait en début d’intervention, à Poligny: «Je ne suis pas venu vous tenir un discours que vous avez déjà entendu». Le montage du Petit Journal le met donc face à ses contradictions.

Pourtant, pour François Jost, professeur de sémiologie audiovisuelle à la Sorbonne Nouvelle Paris III, «ça pose sans doute moins de problème pour le spectateur que s’il disait exactement le contraire... ce qu’il fait aussi parfois».

C'est aussi ce que pense Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l'UMP, cité par Public Sénat. Selon lui, «pour faire passer des idées, d’un point de vue pédagogique, il faut les répéter. Si des phrases ont été reprises, elles devaient avoir pour le Président une portée forte qu’il fallait réitérer. Je ne crois pas que ce soit une erreur.» Même son de cloche pour Franck Louvrier, porte-parole de l'Elysée: «C’est normal. Il ne change pas d’avis tout le temps.», estime-t-il, soulignant que les aides, elles, sont nouvelles.

Le Petit Journal qui sort cette vidéo, c’est nouveau?


C’est un phénomène récent. Pour François Jost, cet événement montre «la force des médias aujourd’hui». Avant, «quand un homme politique faisait une campagne dans dix villes, pendant deux semaines, il faisait sûrement pareil! Mais il n’y avait pas de télé ni de personne qui allait décortiquer les discours.»

On assiste donc à un phénomène plus récent de surveillance des politiques. «Pendant une très longue époque, ce genre de montage aurait été interdit, il n’y avait pas ce genre d’émission, du moins pas avant 1981. C’est un symptôme du reste de liberté des journalistes. Ce qui est important à noter, c’est que c’est une émission de dérision qui le sort, pas une émission politique.»
Oriane Raffin
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