« J'ai envie de m'excuser. Mais je n'ai plus le droit de lui parler... » Depuis deux semaines, Franck vit au Home des Rosati, à Arras (Pas-de-Calais), centre expérimental pour conjoints violents. C'est le procureur qui l'a « éloigné » de son foyer. « Je n'ai pas été gentil avec madame. Elle a porté plainte. » Les yeux humides, il n'en dira pas plus sur les violences qui ont marqué cette soirée trop arrosée. Suffisantes en tout cas pour que le magistrat lui demande de choisir entre « la comparution immédiate ou le Home des Rosati ».
Engoncé dans son survêtement, ce petit homme pas très épais a choisi la deuxième solution. Jusqu'au 30 novembre, il passera ses nuits dans l'ancienne demeure en brique rouge du sous-préfet. En plein coeur d'Arras. Un canapé, une télé, une dizaine de petits lits : le décor est spartiate. « Mais ce n'est pas une prison, explique Jean-Luc Fleury, le directeur. La journée, les pensionnaires vaquent à leurs occupations. Mais ils doivent être rentrés pour le dîner. » C'est le moment le plus dur pour Franck. « Je m'allonge. J'écoute du rap ou de la techno, raconte-t-il les yeux plongés dans son café au lait. Et je pense beaucoup. Surtout à mes enfants. » Il ne les voit plus que le week-end, chez ses parents. Il sait qu'il n'a plus le droit de remettre les pieds chez lui. Que sa « femme » depuis onze ans est devenue son « ex », aussi.
Le contrôleur judiciaire a informé Franck qu'elle ne voulait plus le voir. Hier, il commençait à en prendre conscience. « Ils arrivent souvent ici en pleurant, révèle Loïc, l'un des éducateurs. Au début, ils parlent des défauts de madame. C'est après qu'ils en viennent aux leurs... »
Et ça fonctionne. En dix mois d'existence, une soixantaine de conjoints violents ont sonné à la porte du Home. « Beaucoup sont rentrés bourrés le soir, certains n'ont pas adhéré au discours. Mais aucun n'a récidivé », lâche fièrement Jean-Luc Fleury. En fait, il y en a un qui a craqué. « Dès la première soirée, il est rentré chez lui, a frappé sa femme et a fini en prison », relate Muriel Desurmont, substitut du procureur. Franck reconnaît qu'il y a pensé aussi. Mais à 32 ans, le plus important pour lui, c'est de repasser son permis, de trouver un boulot, un appart. « Et éventuellement revoir mon ex. Enfin, si elle est d'accord. » W