«Demain il ne restera que deux agriculteurs par village»

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Publié le 27 octobre 2009.

REPORTAGE - Portrait d'un jeune agriculteur du Val-d'Oise contraint à exercer une seconde activité professionnelle pour vivre...

C'est à Avernes, à quelques kilomètres de chez lui, dans le Val-d'Oise que Godefroy Potin, agriculteur, passe cette journée de mardi. La petite commune est déserte en ce début d’après-midi. Au loin, des tracteurs s’activent dans les champs. Godefroy est venu donner un coup de main à Joris, ami et exploitant agricole. En échange ce dernier lui prêtera du matériel pour travailler sur son exploitation à Us, situé à une dizaine de kilomètre de là. Chacun est au volant d'une machine dernier cri. La moisson est terminée. «C'est la période du semi en ce moment», dans le brouhaha du moteur de l'engin qui remonte lentement le champ. Godefroy retourne et prépare la terre, puis Joris passe derrière lui et sème.
 
«J'ai besoin d'être mon propre patron pour me libérer quand je veux»

Quand cet agriculteur de 30 ans s'est installé en 2005, «c'était en connaissance de cause. J'ai toujours voulu faire ce métier, mais je savais que je ne pourrais pas gagner ma vie avec mon exploitation». Godefroy cultive 120 hectares de terre. Pas de quoi lui assurer un revenu suffisant. «Je travaille à mi-temps dans les champs et l'autre moitié du temps, je la consacre à mon autre activité».
 
Son deuxième métier: réparateur d'appareils de musculation. Il a créé sa propre société de maintenance. Le seul moyen de concilier une autre activité professionnelle avec les exigences de la terre. «J'ai besoin d'être mon propre patron pour pouvoir me libérer quand je veux», déclare-t-il. «Quand il pleut, je vais voir mes clients, quand il fait beau, je travaille la terre».
 
Bois, bière, tourisme: les agriculteurs diversifient leurs activités

L'hiver est une période calme pour les agriculteurs. Alors, comme lui, beaucoup de jeunes exploitants développent une seconde activité. Vente de bois, fabrication de bière, ouvertures de gîtes ruraux. «C'est bien, on a de quoi se diversifier, mais moi ce que je voudrais, c'est vivre pleinement de mon activité agricole», assure ce père de deux enfants. «Nous on ne veut pas vivre des largesses de Bruxelles, mais on veut que le gouvernement soutienne les prix», ajoute-t-il.
 
Ce qu'il condamne: une agriculture mondialisée où les normes varient selon les pays. «Certains produits sont homologués en Espagne ou en Belgique, mais pas chez nous», explique l'agriculteur, qui occupe également le poste de secrétaire général des Jeunes agriculteurs d'Île-de-France (JA Idf). «Nous sommes soumis à des contraintes de main-d'œuvre et environnementales qui aboutissent à un prix de revient plus élevé que chez nos voisins», poursuit-il.
 
Des vaches qui n'auront jamais vu d'herbe de leur vie

Ces contraintes environnementales, Godefroy Potin n'est pas contre. C'est grâce à cela qu’il y a des haies et des bois pour séparer les différentes parcelles autour du champ qu'il laboure. Des espaces précieux pour la faune locale. «Si on supprime ces normes, alors on va se retrouver avec des exploitations démesurées où les parcelles seront énormes, où les vaches seront en stabulation et n'auront jamais vu un brin d'herbe de leur vie», explique le jeune exploitant.
 
«Si ça continue dans ce sens, c'est l'agriculture à la française qu'on va entièrement changer», regrette-t-il. «Il faut mettre en place des préférences communautaires, instaurer des droits de douane, car la concurrence est rude», déclare-t-il, en ajoutant qu'il refuse de produire «comme le font d'autres pays».
 
En Australie ou au Brésil, la taille des exploitations n'a rien de comparable avec celles qu'on trouve en France, encore moins avec celles d'Île-de-France. Sur de grandes surfaces, le rendement est meilleur. «Si on fait ça chez nous, demain il ne restera que deux agriculteurs par village et ce sont tous les petits qui disparaîtront», conclut l'agriculteur, sur le chemin qui le ramène au village.  
Maud Descamps
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