Affaire Grégory: et maintenant?

20 contributions
Publié le 22 octobre 2009.

JUSTICE - L'instruction était close depuis 2001. La confirmation de la découverte de traces ADN ce jeudi pourrait «tout relancer»...

L'ADN permettra-t-il enfin d'accéder à la vérité? L'expertise génétique réalisée sur les scellés de l'affaire Grégory a en tout cas permis d'apporter de nouveaux éléments. Selon le rappport transmis par le laboratoire lyonnais chargés de ces analyses à la justice ce jeudi, deux traces ADN identifiables ont notamment été retrouvées sur un courrier adressé à la famille Villemin.  Comment ces empreintes peuvent-elles relancer l’enquête? 20minutes.fr fait le point. 
 
Qui avait demandé cette expertise?
La cour d'appel de Dijon. Elle a pris cette décision en décembre 2008, accédant à la demande formulée par les parents Villemin. Après avoir obtenu une première réouverture d'enquête en 2000, infructueuse mais qui avait permis à l'affaire d'éviter les délais de prescription, ces derniers souhaitaient relancer l'enquête à partir de recherches de traces d'ADN sur les scellés.

Qu'est-ce que l'expertise a permis de découvrir exactement?
Plusieurs traces ADN. Le lendemain du meurtre du petit Grégory Villemin, découvert le 16 octobre 1984 pieds et poings liés dans la Vologne (Vosges), les parents avaient reçu une première lettre anonyme: «Ton fils est mort. Je me suis vengé.» Sur un autre courrier datant du 24 juillet 1985 et adressée au grand-père, Albert Villemin, deux empreintes génétiques ont été retrouvées - «cette lettre ne figurait pas parmi les scellés mais se trouvait dans le dossier d'instruction», ont précisé les avocats des époux Villemin -. L'une des empreintes (un ADN féminin) a été retrouvée «sur ou sous le timbre de la lettre», l'autre empreinte (un ADN masculin) a été découverte sur la lettre. Ces profils génétiques peuvent conduire à l'identification de personnes et seront passés au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg).

Des traces d'ADN mélangé ont par ailleurs été découvertes sur les trois cordelettes qui ont servi à ligoter l'enfant. Elles ne pourront être exploitées que pour des comparaisons ou des exclusions de profils. En outre, les experts ont également retrouvé «l'ADN identifiable du petit Grégory sur la manche de son anorak, alors que ce scellé a séjourné dans l'eau pendant un certain temps».

Que nous apprennent ces traces ADN?
Plusieurs choses. En premier lieu, que l'ADN des époux Villemin, qui se sont prêtés à des prélévements, ne figurent sur aucun des scellés ni sur la lettre du 24 juillet 1985. Ensuite, que l'ADN du petit Grégory sur l'anorak, comparé à celui de Jean-Pierre Villemin, prouve que ce dernier bien le père de l'enfant, contrairement à ce qui a pu être prétendu à une époque, a rappelé son avocat, Thierry Moser.

Quant à la lettre sur laquelle ont été retrouvées les deux traces d'ADN, elle a été envoyée le 24 juillet 1985, soit quelques mois après la mort de Bernard Laroche, tué par Jean-Marie Villemin le 29 mars 1985. Les avocats des époux Villemin en tirent ces conclusions: cette lettre peut être «l'oeuvre d'un fou, de quelqu'un qui a voulu imiter le corbeau, ça peut être la lettre du corbeau assassin, du corbeau complice ou l'oeuvre de quelqu'un qui croit en la culpabilité de la Christine Villemin, la mère de Grégory, puisqu'elle a été envoyée le jour de la sainte Christine».

La justice va-t-elle rouvrir l’enquête?
C’est très probable. Le rapport d’expertise va être remis ce jeudi au président de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon, Jean-François Pontonnier. C'est à lui que revient la décision de poursuivre ou non les recherches, a indiqué ce jeudi Jean-Marie Beney, le procureur général de Dijon. Jean-François Pontonnier peut décider de classer l’affaire, une décision risquée, compte tenu du climat de tension dans lequel s’est déroulée toute l’affaire. Ou il peut décider de poursuivre l'enquête, en nommant un nouveau juge d’instruction, ou en se chargeant lui-même du dossier. Jean-Marie Beney a souligné qu'il souhaitait que l'instruction soit relancée et ce dans un délai raisonnable. Il pourrait donc prendre des réqusitions en ce sens, si nécessaire.

Y aura-t-il une campagne de prélèvement génétique?
Oui, certainement. En 1984, le prélèvement génétique n’était pas encore pratiqué. Il faudra donc lancer une campagne de prélèvement auprès de tous les acteurs du dossier: les personnes entendues dans le cadre de la première enquête, les suspects potentiels, y compris ceux qui sont décédés depuis – comme Bernard Laroche, un temps suspect principal - mais aussi tous les enquêteurs qui ont manipulé les scellés. Des expertises comparatives seront ensuite pratiquées avec l'ADN retrouvé sur la lettre et sur les autres scellés. Si aucune correspondance ne surgit, il faudra élargir cette campagne de prélèvement. Les avocats des époux Villemin ne tablent pas sur une réponse précise concernant les ADN retrouvés sur la lettre et les scellés avant l'automne 2010.
 
L’affaire peut-elle être totalement relancée?
C’est possible. En marge de la découverte de ces traces génétiques, les voix des protagonistes de l’affaire se font entendre. La famille Laroche souhaite ainsi que l’on «aille au fond des choses et que l'on reprenne entièrement l'enquête». Par exemple, ils souhaitent que les enregistrements des appels du corbeau, qui sont dans le dossier, soit expertisés. De plus, même si les souvenirs seront certainement flous après 25 ans, les enquêteurs pourraient réinterroger les acteurs de l’affaire.
C. F. et Bérénice Dubuc
Mots-clés
Emploi

En partenariat avec Monster.fr

  • Trouvez le poste qui vous convient

    Retrouvez les dernières offres d'emploi sur toute la France et dans tous les secteurs avec 20minutes.fr et Monster.fr

publicité
publicité
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr