Renault jugé ce lundi pour «faute inexcusable» après le suicide d'un salarié

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Publié le 19 octobre 2009.

JUSTICE - Le tribunal à jusqu'au 14 décembre pour rendre sa décision...

Avant France Telecom, il y a eu Renault. En 2006, plusieurs ingénieurs du Technocentre de Guyancourt, dans les Yvelines, avaient mis fin à leurs jours. Après avoir fait reconnaître le suicide de son mari comme «accident du travail», la veuve d’un des salariés de l’entreprise automobile a tenté ce lundi après-midi de faire condamner, devant le tribunal des Affaires de Sécurité sociale, le constructeur pour «faute inexcusable», apprend-t-on sur France Info. La décision du tribunal a été mise en délibéré au 14 décembre.

«Un système» qui a «broyé les hommes»

Sylvie affirme qu’elle veut «faire condamner un système» qui a «broyé les hommes», et ne demande qu’un euro symbolique de dommages et intérêts. En revanche, si Renault est condamné, c’est l’entreprise qui devra désormais verser une rente mensuelle à la veuve et à son fils, et non plus l’assurance maladie.

Sylvie indique qu’elle gardera à jamais le souvenir d’un homme amaigri, répétant sans cesse qu’il est «nul», alors qu’il travaillait nuit et jour pour atteindre les objectifs fixés par sa supérieure. «C’est Renault qui est responsable de la souffrance de mon mari au travail», affirme-t-elle. «Et c’est cette souffrance qui a engendré sa mort. Mon fils doit savoir que son père n’était pas fou, mais qu’il s’est fait broyer par une entreprise qui s’appelle Renault.»

Le technocentre, «le pays des bisounours»

Un des deux avocats de la famille, Rachel Saadaa évoqué dans sa plaidoirie «le nombre de suicides qui ont jalonné l'actualité cette semaine. La mort d'Antonio va parler pour tous». «Il n'avait pas le profil de celui qui se suicide, il était jeune, beau, ingénieur, n'avait pas perdu au jeu. Qu'est-ce qui se passe pour que le vocabulaire de la mort envahisse le monde du travail ?», a-t-elle ajouté, soulignant «l'exposition à un risque qui n'est pas normal», du fait de l'organisation du travail.

L'avocate de Renault, a quant à elle expliqué au tribunal qu'Antonio B. «n'a été soumis à aucun stress ni conditions de travail particulières», ni «humiliations ou mauvais traitement de la part de sa supérieure hiérarchique», comme dénonce la famille du défunt. «Selon elle, le technocentre Renault est le pays des Bisounours», a commenté Rachel Saada à l'issue de l'audience.
 
«Je n'ai entendu que des mensonges dans la plaidoirie de l'avocate de Renault, les bras m'en tombent. Mon mari devait donc se tourner les pouces toute la journée, pour travailler toute la nuit à la maison, on ne doit pas parler du même homme», a ajouté Sylvie T. 
B. D.
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