Suicides au travail: «Tout n'est pas réductible à des chiffres»

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Publié le 16 octobre 2009.

FRANCE TELECOM - Les statistiques montreraient une diminution du nombre de cas, mais les statistiques n'expliquent pas tout...

Alors que France Télécom vient de connaître son 25e suicide en deux ans, une polémique naît autour des chiffres. Et si le nombre de suicide diminuait chez l'opérateur? Et s'il n'y avait pas plus de suicides dans cette entreprise que dans le reste de la population? Selon les statistiques communiquées par la direction du groupe, le nombre et le taux de suicides chutent régulièrement depuis 2000 jusqu'à passer sous la moyenne nationale de 16,3 pour 100.000 habitants. Des chiffres cependant sujets à caution, à plus d'un titre.
 
Les statistiques de France Télécom montrent que le nombre de suicides annuels est passé de 28 suicides pour un effectif de 130.000 personnes (soit un taux de 0,21%) en 2000 à 12 suicides pour 92.000 personnes (0,13%) en 2008. Mais entre 2004 et 2007, aucun chiffre. Une lacune que se refuse à commenter la direction du groupe, contactée par 20minutes.fr. C'est pourtant après cette interruption que les chiffres chutent brutalement.
 
Statistiques et hasard

De plus, pour l'année 2009, pour un effectif «n'ayant pas connu de variation significative», le chiffre atteint déjà 13 suicides au 15 octobre, et pourrait donc atteindre, par extrapolation, plus de 17 cas pour 100.000 personnes. «Tout n'est pas réductible à des chiffres», prévient d'ailleurs Nicolas Bourgoin, démographe et maître de conférence interrogé par 20minutes.fr.
 
Ce dernier a étudié le rapport entre le suicide et l'activité professionnelle, et se souvient de «la recrudescence de suicides chez les policiers il y a une douzaine d'années». Ses recherches avaient à l'époque démontré que cette augmentation entrait dans le cadre de ce qui est statistiquement admis comme relevant du hasard. Mais cela ne serait pas le cas pour de France Télécom.
 
«Des signes forts»

Au point de vue purement comptable, on note une accélération notable des cas depuis l'été, avec neuf cas depuis la mi-juillet. Mais surtout, alors que le démographe explique qu'il est souvent difficile de relier le suicide à la seule activité professionnelle, le cas des salariés de France Télécom a deux particularités. Les suicides ont lieu sur le lieu de travail, et l'activité professionnelle a été explicitement citée dans des lettres par les victimes pour expliquer leur geste. «Des signes forts», selon Nicolas Bourgoin.
 
En tout état de cause, il est difficile de faire parler les chiffres. La comparaison avec la population générale a peu de valeur, selon Eric Jougla, du Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc) de l'Inserm. «Il faudrait comparer avec une population active  du même type que celle de France Télécom», estime-t-il, pointant des disparités statistiques suivant l'âge et le sexe et notant que les données socio-professionnelles sont insuffisantes pour faire des études fines à ce jour. Ce que l'on sait cependant, selon Nicolas Bourgoin, c'est qu'après les agriculteurs dans les années 70, les ouvriers par la suite, la catégorie la plus touchée par le suicide est actuellement celle des salariés.
Julien Ménielle
Emploi

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