REPORTAGE - Lancée début octobre, elle assure la sécurité des élèves dans et aux abords des établissements scolaires...
Ne leur dites surtout pas qu'ils sont policiers. Depuis qu'ils
ont pris leurs fonctions, il y a quelques semaines, les membres de l'équipe mobile de sécurité (EMS) ont surtout été présentés ainsi. Et pourtant, chargés de la sécurité dans les lycées chauds, ils se voient plutôt comme des médiateurs.
L'EMS ne compte que deux filles, «mais les meilleures» plaisantent leurs collègues masculins. L'équipe a été constituée à l'image de la population à laquelle elle vient en aide. «Si on était tous blonds aux yeux bleus, on serait moins écoutés», ironise l'un d'eux. Anciens policiers, gendarmes, médiateurs, tous ont postulé parce que «tout est à faire». Et ils l'ont vite constatés sur le terrain.
Des jets de pierres à la sortie des cours
Dans le QG, basé au lycée Jean Zay à
Aulnay-sous-Bois, François Dumoulin, le chef du groupe, 27 ans, fait le point sur le programme de l'après-midi. «Nous sommes en période de rodage, nous prenons nos marques», explique cet ancien militaire. «Une partie de notre travail consiste à aller se présenter aux responsables d'établissements», ajoute-t-il. Outre la prévention, l'équipe est aussi chargée d'assurer la sécurité des élèves dans les établissements scolaires et aux abords. «Nous intervenons sur demande des chefs d'établissement», explique l'un d'eux.
L'après-midi commence par la visite d'un collège réputé difficile. La proviseur est en poste depuis septembre seulement, mais a déjà eu quelques "soucis" dans son établissement. «La plupart des élèves nous écoutent, mais nous avons quelques problèmes à la sortie», explique-t-elle. Les collégiens se prennent des jets de pierres au portail à la fin des cours. L'EMS fait le tour de la cour, repère d'éventuels points de passage. La visite est interrompue par un appel au chef de l'équipe. C'est le proviseur d'un lycée d'une ville voisine. Il craint un règlement de compte à l'heure de la récréation. L'équipe se met en route.
«Il y a des bagarres à cause de problèmes de territoires»
Il est 15h30, l'heure de la récréation approche. Une bagarre a éclaté à midi. Le proviseur s’inquiète. «Les élèves sortent fumer leur cigarette devant l'établissement, et là ils règlent leurs comptes, soutenus par leurs copains de l'extérieur», explique-t-il à l'équipe. «Nos élèves viennent de cités différentes, et chaque année, au premier trimestre, il y a des bagarres à cause de problèmes de territoires», précise le chef d'établissement.
Des jeunes auraient prévu de se donner rendez-vous entre le lycée et la gare de RER, au coin de la rue. François Dumoulin est clair, son périmètre d'intervention s'arrête au parvis du lycée. «Nous ne sommes pas des policiers, nous sommes là pour assurer la sécurité dans l'établissement et devant», explique le chef de l'équipe. L'EMS n'est pas armée. Si une bagarre éclate à la gare, ce n'est donc plus son affaire, mais celle des policiers de la BAC (brigade anti-criminalité), postée sur le trottoir en face de l'établissement.
«Attention, y'a le FBI»
De petits groupes d'élèves se forment sur le parvis. La tension monte. Deux élèves s'empoignent. Un troisième se prend du gaz lacrymogène dans les yeux. L'équipe, appuyée des CPE (conseillers principaux d'éducation) du lycée, s'approche. Les jeunes se séparent. Les groupes se dispersent. La récré est terminée. Le proviseur se dit soulagé, «si l'équipe n'avait pas été là, ça aurait pu dégénérer». Mission accomplie pour l'EMS, mais le différend n'est pas réglé. Les deux bandes se retrouveront plus tard, ailleurs, pour régler leur compte. «Notre mission est de sécuriser les élèves. Le reste, c'est le travail de la police», explique un des membres de l'équipe. Il a grandi en Seine-Saint-Denis et connaît bien la mentalité de ces jeunes de quartier.
Sur le parvis du lycée, les regards méfiants et interrogateurs sont lancés en direction de l'équipe. Dotés d'un blouson estampillé «Equipe mobile de sécurité, académie de Créteil», ils ne passent pas inaperçus. «C'est bien, les élèves voient qu'on est là», confie l'un d'eux. Certains élèves s'approchent timidement. «Vous êtes du FBI?», lance l'un d'eux pour faire rire ses copains. L'une des deux filles qui composent l'équipe leur explique qu'ils ne sont pas policiers. Les visages se détendent. Les questions fusent. «Ouais, c'est bien qu'ils soient là», déclare l'un des élèves, «c'est rassurant», ajoute une jeune fille.
Une goutte d'eau dans le 9-3
Mais avec une quarantaine d'établissements dans son périmètre, l'EMS ne peut être partout et risque vite d’être débordée par les demandes des chefs d'établissements scolaires. Certains aimeraient avoir une équipe en permanence dans leur école. Le dispositif est amené à se développer. «Deux membres de l'équipe vont être déployés dans le 77 (Seine-et-Marne)», explique François Dumoulin dans la voiture qui les ramène au QG pour le «debriefing» de fin de journée.
Maud Descamps