Les agriculteurs «ne veulent pas crever»

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Publié le 19 octobre 2009.

REPORTAGE - Les producteurs agricoles d'Ile-de-France se sont réunis ce vendredi matin aux Invalides. 20minutes.fr y était...

Ils sont une cinquantaine, regroupés dans le froid sur un coin de pelouse des Invalides, à Paris. Comme leurs collègues un peu partout en France, ils ont répondu à l'appel lancé par la FNSEA, le premier syndicat agricole. L'objet de la révolte? «Les prix qui baissent sans cesse» et les contraintes, notamment environnementales, «de plus en plus importantes», explique l'un d'eux sur place. Qu'ils produisent de la betterave, du blé, du lait ou encore des œufs, tous se disent dans la même détresse financière et psychologique. Trois agriculteurs de la région parisienne racontent à 20minutes.fr pourquoi ils veulent que les choses changent…
 
Patrick Théet: «C'est un abandon de l'agriculture»
Production: 127 hectares de céréales et de betteraves sucrières à Estampe (Essonne).
Revenus: Environ 2.000 euros bruts/mois. En 2009, il a mis 10.000 euros de sa poche dans son exploitation.

«Cette année a été catastrophique pour nous. Nos charges (fioul, engrais) ont explosé, mais les prix de ventes de notre production, eux, ne cessent de baisser», confie l'agriculteur, venu depuis l'Essonne pour protester contre «la politique de Nicolas Sarkozy.» «Ce qui se passe actuellement dans notre secteur est terrible. C'est un abandon de l'agriculture», confie-t-il. Ce que souhaite Patrick Thiéet aujourd'hui, «C'est être entendu» pour que les choses changent. «Nous voulons  une régulation des marchés agricoles, parce que pour le moment on ne peut pas concurrencer les producteurs étrangers (Australie, Argentine, Brésil)», souligne-t-il.
 
Damien Greffin: «On ne veut pas crever»
Production: 150 hectares de céréales.
Revenus: 1.500 euros bruts/mois.

Il fait partie de la jeune génération. A 34 ans, Damien Greffin est à la tête d'une exploitation de 150 hectares et président des jeunes agriculteurs d'Ile-de-France. Avant de retrouver ses collègues aux Invalides, il a fait un détour par les Champs-Elysées où, avec quelques confrères, il a étalé de la paille devant le Fouquet's, l’hôtel où Nicolas Sarkozy avait fêté son élection à la présidentielle. «Ce qu'on a fait là-bas, c'est symbolique. On occupe le terrain», confie le jeune agriculteur. «Le message, il est directement adressé à Sarkozy», ajoute-t-il. «On est en train de crever, en ce moment le kilo de blé, je le vends 9 centimes le kilo, mais ça me coûte 15 centimes pour le produire», explique Damien Greffin.«Si ça continue comme ça, on va délocaliser toute l'agriculture et dans dix ans il n'y aura plus un seul agriculteur en France. On est en train de faire disparaître l'agriculture», regrette-t-il.
 
Christophe Lecoq: «C'est de la survie à court terme»
Production: élevage de poules.
Revenus: 1.200 euros bruts/mois.

«Moi si je là, c'est parce que je suis solidaire de mon métier», explique l'agriculteur d'une quarantaine d'années. «On a de plus en plus de contraintes vétérinaires que les autres pays producteurs n'ont pas, on est en train de nous condamner. A ce rythme, en 2012, la France perdra un tiers de ses agriculteurs. C'est de la survie à court terme», explique l'éleveur des Yvelines. «On parle beaucoup des suicides chez France Télécom en ce moment, mais je peux vous dire que chez les agriculteurs ce n'est pas mieux», conclut-il avant de rejoindre ses collègues en marche vers le ministère de l'Agriculture à quelques pas de la pelouse des Invalides.
Maud Descamps
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