Aujourd'hui, Elisabeth serait encore mariée. Malheureuse aussi. « Grâce aux médiateurs judiciaires », elle a divorcé il y a près de deux ans. « Sans eux, nous serions sûrement encore en procédure devant les juges, avoue-t-elle. J'étais très en guerre contre mon époux. » Instaurée par une loi de 1995, la médiation judiciaire commence à peine à se développer en France. Ce matin, Paris accueillera d'ailleurs les premières assises internationales consacrées à cette justice parallèle.
Contrairement aux juges, les médiateurs judiciaires ne tranchent pas les conflits à la force du glaive. « Il n'y ni vaincu, ni vainqueur, explique Fabrice Vert, chargé de mission à la cour d'appel de Paris. Le but est d'aboutir à un accord qui satisfasse les deux parties. » Il peut s'agir d'un couple en instance de divorce, d'un patron et de son salarié en cours de licenciement ou d'une famille en guerre après une succession. Dans son bureau du 15e arrondissement de Paris, Gabriel Grosjean a été confronté à tous ces cas de figure. « Dans 80 % des dossiers, j'ai trouvé un terrain d'entente entre les plaignants, assure le médiateur. Mais pour cela, il faut toujours leur laisser le temps de s'expliquer. »
Elisabeth Lenchener confirme : « Le juge nous avait vus dix minutes. Le médiateur, lui, a passé deux heures à chaque rendez-vous. C'était nécessaire pour que je me confie. » L'histoire l'a tellement marquée qu'elle en a fait un film*.
« Sans la médiation, les gens se tapent souvent dessus, confirme Jean-Claude Magendie, premier président de la cour d'appel de Paris. C'est pour cela que nous devons promouvoir encore plus cette justice. » Le magistrat plaide ainsi pour la création d'un observatoire de la médiation et l'installation d'un service dédié au sein même du ministère de la Justice : « Si ça peut éviter des procès qui durent trente ans... » W
* Une difficile liberté, d'Elisabeth Lenchener. Le 10 novembre à 20 h 40 sur Planète Justice.