Dans quelques semaines à peine, il va démissionner. C'est décidé. Christophe Fabre, 35 ans dont huit passés à enseigner la technologie au collège, en a plus que ras le bol. Non pas des élèves - il les adore -, mais du système de l'Education nationale. «L'administration est incohérente: dans l'établissement classé ZEP (zone d'éducation prioritaire) où j'ai travaillé, en Seine-Saint-Denis, le brevet est surnoté. On nous demande de faire passer des élèves en seconde avec 6 de moyenne!»
Une mise en disponibilité pour monter sa boîte
Pour lui, trop, c'est trop. «On envoie des jeunes à l'échafaud, je ne peux plus cautionner cela.» En fait, dès sa quatrième rentrée, il est à deux doigts de partir. «J'étais toujours remplaçant, je trouvais les vacances scolaires trop longues... Quel gâchis!» Mais il n'ose pas encore tout lâcher. Ce n'est qu'en juin 2007 qu'il se décide à envoyer un recommandé au rectorat de Créteil pour demander sa mise en «disponibilité», sorte de congé sabbatique d'un an renouvelable, sans solde. Il veut monter sa boîte. On sent dans sa voix un brin d'amertume : Christophe voulait être professeur, transmettre des savoirs aux jeunes. Mais le Mammouth aura eu raison de ses velléités pédagogiques.
Son congé arrivant à terme cette année, il va devoir démissionner, étant sûr de ne pas vouloir retourner en classe. Son entreprise tourne bien: il forme les adultes à l'informatique. Et il s'éclate. « Comment dire... Je sens une liberté, un épanouissement professionnel, je forme des gens vraiment opérationnels, je ne vis plus en vase clos. » Pourtant, les sacrifices sont nombreux. « Je gagnais 3 000 euros par mois en étant prof, avec les cours particuliers. Aujourd'hui, j'en gagne 1 000 de moins. Je travaille quatre-vingts heures par semaine, je ne prends que deux semaines de vacances, je ne fais plus de sport et je profite moins de mes enfants. » Le changement de vie est rude. Mais salvateur, pour un homme qui rêvait d'être prof, mais qui n'est « jamais entré dans le moule ». A son grand regret.