Eric Guéret: «Il y a un fossé énorme entre ce qu'annonce l'industrie nucléaire française et la réalité»

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Publié le 12 octobre 2009.

INTERVIEW - Le documentaire «Déchets, le cauchemar du nucléaire», diffusé ce mardi à 20h45 sur Arte, révèle que 90% des déchets français ne sont pas recyclables...

Après «Greenpeace, opération plutonium» (2005), le documentariste Eric Guéret consacre, avec la journaliste Laure Noualhat, un nouveau film coup de poing au nucléaire. Au centre de la polémique: l’exportation d’uranium français vers la Russie, qui ne représente pourtant qu’une petite partie du film.
 
Comment avez-vous découvert que 13% des déchets nucléaires français partaient en Russie?
Le retraitement des matières nucléaires est un problème très français. Nous avons voulu savoir ce que devenaient les déchets issus de nos centrales et nous avons découvert qu’il y avait un fossé énorme entre ce qu’annonce l’industrie nucléaire française et la réalité.
 
Areva indique que 96% des déchets nucléaires sont recyclables mais à l’arrivée, ce ne sont que 10% de cette matière qui sont « réenrichis » en Russie. Le vrai bilan, c’est que 90% de l’uranium appauvri que l’on envoie en Sibérie n’est pas réutilisable et reste stocké là-bas à ciel ouvert.
Légalement, depuis la loi Bataille de 1991, rénovée en 2006, il est interdit d’importer et d’exporter des déchets nucléaires. EDF joue sur les mots en évitant d’utilisant le terme de «déchet» et lui privilégiant celui de «recyclage». Ainsi, grâce à un coup de passe-passe, ils parviennent à les envoyer en Russie.
 
L’exportation d’uranium appauvri vers la Russie était-elle tenue secrète?
Parmi les personnes que nous avons interrogées, nul ne le savait. Nous avons alors enquêté avec l’aide de Greepeace, qui avait quelques informations, pour découvrir ce que devenaient ces matières. Il était connu que celles-ci partaient quelque part mais personne ne savait où.
 
Je suis étonné de voir EDF réagir maintenant en expliquant sa politique de retraitement des déchets nucléaires alors que, quand on les a interrogés, ils refusaient de nous répondre.
 
Quelle est la position de la Russie sur cette question?
Il y a vingt ans, les Russes n’avaient plus de quoi payer les techniciens dans les centrales. Ils ont alors trouvé une manne financière en important des déchets nucléaires et en mettant en place un système d’enrichissement que la France, notamment, ne possédait pas.
 
Mais il est désormais certain que la Russie ne reconduira pas ce contrat qui la lie à la France jusqu’en 2013 ou 2014, parce que la population autour du site en question est très mécontente et qu’il n’y a plus aujourd’hui ce problème financier.

C’est pour cela que la France a lancé la construction d’une usine d’enrichissement, «Georges Besse 2», au Tricastin. Mais il n’est pas encore certain que cela fonctionne et l’Etat pourrait se retrouver dans une impasse.
 
Comment régler le problème des déchets nucléaires?
Il existe trois solutions aujourd’hui: le stockage par enfouissement, l’entreposage en surface et la transmutation qui est une technologie complexe de destruction des déchets qui ne sera pas réalisable avant cinquante ans.
 
 
 
 

 
 
Propos recueillis par Corentin Chauvel
SÉRIE

Arte produit une série d’enquêtes pour «comprendre le monde», initiée notamment avec «Le Monde selon Monsanto» (2007). Eric Guéret a proposé de faire un sujet sur le nucléaire parce qu’il s’agit d’un domaine où, selon lui,  «il a y a trop de non-dits».
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