Didier Lestrade: «Frédéric Mitterrand est d'une génération où l'homophobie était beaucoup plus violente»

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Publié le 12 octobre 2009.

INTERVIEW - Fondateur d'Act Up et de «Têtu», rédacteur en chef de la Revue de minorites.org, le militant de 52 ans revient sur la polémique autour de Frédéric Mitterrand...

Sur votre blog, vous réagissez à l'affaire Mitterrand, en soulevant notamment la question de la génération à laquelle appartient Frédéric Mitterrand. Etait-il plus difficile d'être gay à son époque?
 
Oui, le ministre de la Culture et moi-même venons d'une génération où l'homophobie était beaucoup plus violente. Dans les années 70, on se faisait beaucoup plus tabasser qu'aujourd'hui. Ce qui peut expliquer la souffrance invoquée par Frédéric Mitterrand pour sa défense. Malgré tout, il fait partie d'une catégorie sociale privilégiée. Or, les personnes qui ont le plus souffert de l'homophobie à cette époque, ce sont les prolos. La souffrance ne peut donc pas tout expliquer dans le cas du ministre.
 
Quelle était sa démarche en écrivant ce livre selon vous?
 
Il a sans doute sincèrement voulu lever le voile sur une part de son intimité. Je n'ai aucun problème avec ça, même si le fait de mélanger la fiction et la réalité, ça a toujours été un procédé un peu facile.
 
Certaines associations ont craint que cette polémique desserve la communauté homosexuelle. Ont-elles raison?
 
Je ne crois pas. A chaque fois qu'un homosexuel dit quelque chose, on dit "ça donne une mauvaise image". Cette peur de l'amalgame empêche les associations et les médias gay d'aborder certains sujets. Ils ont d'ailleurs été trop silencieux sur l'affaire, alors qu'ils auraient pu expliquer, par exemple, les différences entre la génération de mai 68, abreuvée aux écrits de Tony Duvert, et celle d'aujourd'hui. A l'époque, le discours de la gauche sur la sexualité des enfants était tout autre.
 
Même si finalement, il n'est jamais question de mineurs dans le livre de Frédéric Mitterrand...
 
Effectivement et dès qu'il est passé sur TF1, cette question était réglée. Il est monté très haut sur son honneur, et c'est sa parole qui est en jeu. La classe politique a pris acte. Il aurait dû en revanche éviter de parler d'«un boxeur thaïlandais de 40 ans». C'est le détail de trop qui fait qu'on se pose des questions.
 
Sur votre blog, vous faites référence à l'émerveillement d’homosexuels de sa génération et de la vôtre pour «la beauté des hommes jeunes»...
 
Oui, cela fait partie du brassage des générations au sein de la communauté. Peut-être parce qu'il y a une vision socialement moins critique vis-à-vis d'un grand écart d'âge au sein des couples homos que chez les hétéros, où le mariage est une institution. Mais c'est vrai que la beauté de la jeunesse a toujours été célébrée dans le milieu gay.
 
Peut-on dire qu'il y a un tourisme sexuel gay, différent du tourisme sexuel hétéro? 

Non, il n'y a pas de différence. Il y a des modes. En ce moment, tout le monde parle d'Israël, du Liban et de la Syrie. A une époque, c'était Cuba, le Brésil. C'est un baromètre de la liberté sexuelle dans ces pays. Mais ces destinations sont autant courues par les homosexuels que les hétérosexuels. Le tourisme sexuel est malheureusement une industrie et c'est un terrain borderline. C'est pour cela qu'il est essentiel de parler prévention du sida quand on l'évoque. Frédéric Mitterrand ne le fait pas dans son livre et en tant que militant, j'ai le droit de poser la question. Tout comme les médias et les associations gay auraient dû le faire. 
Propos recueillis par Catherine Fournier
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