Nicolas Hulot: «L'homme entrera ou pas dans l'irréversible en fin d'année»

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Publié le 7 octobre 2009.

ENVIRONNEMENT - «Le syndrome du Titanic» sort ce mercredi en salle. Interview...

Pourquoi avoir choisi de vous exprimer au cinéma et non à la télé où vous auriez pourtant touché plus de monde?

Le cinéma apporte une dimension émotionnelle incomparable. Ça pénètre plus durablement. Les spectateurs du Syndrome du Titanic pourront voir cette fameuse réalité que je supplie de regarder en face. Ce n'est qu'un film, et il ne faudrait pas surestimer ses vertus.

Pourquoi ne pas jouer plus sur le registre de l'émotion?

Pourtant, j'ai vu vu beaucoup de gens sortir en larmes lors d'avant-premières. Comment pouvez-vous prétendre ne pas être ému par cette femme qui vit depuis vingt-deux ans dans sa voiture ? En revanche, nous n'avons pas cherché des images trash. Nous avons préféré privilégier une banalité que je qualifierais d'affligeante. C'est ça qui fait la force du film.

Et pourquoi ne pas essayer de manier l'humour, comme Michael Moore?

J'en ai, de l'humour, dans la vie de tous les jours, mais on a préféré jouer sur les contrastes. Sur ces inégalités qui ont toujours existé, mais qui, parce que leurs images circulent dans le monde entier, deviennent obscènes. A l'exclusion, on ajoute désormais un élément explosif qui est l'humiliation. Il va bien falloir trouver une solution car aucun mur ne nous protégera éternellement de la convoitise que crée notre mode de société.

Qu'attendez-vous du public? Et des décideurs politiques?

La remise en cause de l'idée de croissance illimitée. Vouloir apporter des réponses technologiques, économiques ou politiques aux crises que nous traversons, sans essayer de comprendre à quels moments nos actions ont échappé à nos intentions, ça ne suffit plus. Le mot «décroissance sélective» que j'utilise fait bondir certains. Mais nos ressources s'épuisent. Plus elles vont devenir rares, plus les conflits vont s'intensifier. Alors tâchons d'organiser ensemble la transition. La croissance est-elle tenable ? Non. C'est du bon sens!

Quand le cap doit-il être changé?

Maintenant! L'ampleur des crises de demain se détermine aujourd'hui. Et ce n'est pas le petit Nicolas Hulot qui vous le dit mais tous les rapports des institutions: c'est en fin d'année que l'humanité entrera dans l'irréversible ou pas. On pourrait ne pas le dire, pour ne pas effrayer les gens, mais on nous reprocherait aussi de ne pas l'avoir dit assez tôt.

Vous êtes sponsorisé par la SNCF ou encore EDF. N'y a t-il pas là un paradoxe?

Je ne diabolise pas le monde économique, je combats ses excès. Je vais chercher l'argent où il est. Mais c'est un mécénat qui ne contraint pas ma liberté de parole.

 

Recueilli par Stéphane Leblanc et Laure de Charette
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