Cherchez l'intrus. Ce matin, Florian Bourges s'installera dans le box des prévenus. A ses côtés, il y aura un ancien Premier ministre, un ex-marchand d'armes, un journaliste d'investigation et un cryptologue-mathématicien. A 31 ans, Florian Bourges est, lui, sans emploi. « Dans cette affaire, ce n'est même pas un lampiste, s'emporte Me Pierre-Edouard Gondran de Robert, son avocat. C'est un quart de lampiste ! »
Pourtant, sans Florian Bourges, il n'y aurait pas d'affaire Clearstream. En 2001, c'est lui qui a envoyé par mail les fichiers Clearstream au journaliste indépendant Denis Robert. C'était bien avant qu'ils ne soient trafiqués. Fraîchement diplômé de l'Edhec Lille, il effectuait alors sa première mission pour le compte d'Arthur Andersen : auditer Clearstream. « Une chambre dans un luxueux hôtel de Luxembourg. Des billets d'avion hebdomadaires pour Paris, et 2 000 euros par semaine, rien que pour ses frais », raconte Denis Robert*.
Jeune homme de 23 ans en costard d'analyste financier, Florian Bourges fouine. Dans les fichiers Clearstream, il n'y a pas encore le nom de Sarkozy, mais déjà quelques « anomalies » (lire l'encadré). Il choisit un pseudo, balance les données à Denis Robert, qui le met en contact avec Imad Lahoud. Les fichiers sont alors manipulés. La machine est lancée. Elle ne s'arrêtera plus.
« On s'est servi des données de Florian, défend son avocat. Mais il n'est pour rien dans tout ça. On ne joue pas dans les mêmes divisions que Villepin et consorts... Aujourd'hui, il veut juste passer à autre chose. » Peine perdue. Le Breton a bien tenté de s'occuper de crèches associatives dans les Hauts-de-Seine : les parents étaient paniqués lorsqu'ils découvraient son visage dans les journaux. Il a bien essayé d'ouvrir une boîte d'import-export : les clients n'avaient pas confiance.
Pour tirer un trait définitif sur tout ça, son avocat va donc plaider la relaxe. Florian Bourges n'a peut-être pas le pedigree des autres protagonistes de l'affaire, mais pour leur avoir fourni les listings avant leur falsification, c'est lui qui risque, au final, le plus gros. Le « vol » et « l'abus de confiance » sont passibles de trois ans de prison et de 375 000 euros d'amende. W
Vincent Vantighem
* Clearstream l'enquête. (éd. Les arènes/ Julliard, juin 2006)