Le procès de deux hommes accusés de meurtre avec actes de torture ou de barbarie commis sur un compagnon de cellule de la maison d'arrêt Charles III de Nancy en 2004 s'est ouvert vendredi aux assises de Meurthe-et-Moselle.
Le procès de deux hommes accusés de meurtre avec actes de torture ou de barbarie commis sur un compagnon de cellule de la maison d'arrêt Charles III de Nancy en 2004 s'est ouvert vendredi aux assises de Meurthe-et-Moselle. - Jean-Philippe Ksiazek AFP/Archives

Julien Ménielle

Jean-Pierre Treiber «a bien préparé son évasion». Thomas Jacquot, secrétaire régional adjoint de l’Union fédérale autonome pénitentiaire (Ufap), a expliqué à 20minutes.fr comment le détenu a su profiter de défauts de sécurité dénoncés de longue date par les surveillants de la maison d'arrêt d'Auxerre.

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Le syndicaliste suppose que Treiber a bien pris soin «de ne pas faire parler de lui» pour gagner la confiance de la direction et obtenir des responsabilités aux ateliers, «le point noir de la prison d’Auxerre». Sa nomination comme contremaître lui a en effet assuré un accès aux camions et laissé «tout le loisir de se confectionner un carton».

Surpopulation carcérale et manque d'effectifs

Dans la matinée, le secrétaire général de l’Ufap Thierry Cordelette expliquait sur France Info que les surveillants en poste aux ateliers sont particulièrement exposés à ces «lacunes sur la sécurité». Ce qu'a confirmé un ancien détenu sur l'antenne de RTL, en expliquant que les ateliers donnent sur les cuisines puis le local des livraisons. «Ensuite, il reste une porte à franchir et on est dehors», a-t-il décrit.

Thierry Cordelette a par ailleurs confirmé que des «dysfonctionnements» ont déjà dénoncés «à de multiples reprises», rappelant notamment les problèmes d'effectifs, au regard de la surpopulation carcérale. Des défauts que Treiber a soigneusement observé avant de choisir le jour de la commission d’applications des peines et le flottement qui l’accompagne pour s’évader, selon Thomas Jacquot.

Un flottement entre midi et 14h


«Un vrai bordel organisé», décrit-il. En effet, le magistrat examine «entre midi et 14h» les demandes d'aménagement de peines des détenus, ce qui occasionne «beaucoup de mouvements aux heures où les portes devraient être fermées».

Dès lundi, Treiber avait pris soin de prévenir les surveillants qu'il devait se rendre à cette commission. Aussi, le lendemain, quand un gardien a remarqué l’absence du détenu à l’appel de midi, on lui aurait répondu: «Il est auprès du magistrat». Et personne ne s'en est plus inquiété jusqu'au soir.

Un éventuel complice

A cet instant, Jean-Pierre Treiber était déjà loin, sans doute. Caché dans son carton, il avait pris place à bord d'un camion en direction de la ville de Bonnard. Une fois sa marchandise livrée, le chauffeur découvrira sa bâche déchirée et quelques cartons piétinés mais ne donnera pas l'alerte. «Il n'a sans doute pas pensé à une évasion à cet instant», déduit Thomas Jacquot.

Selon le colonel Jean-Marc Detré, chargé des recherches, Treiber serait sorti de sa cachette une fois arrivé à l'entrepôt, qu'il aurait quitté «entre 16h et 18h». Les enquêteurs découvriront le fameux carton entouré d'un film plastique, ce qui laisse penser qu'il aurait eu un complice. Son co-détenu a ainsi été placé en garde à vue. Jean-Pierre Treiber, lui, court toujours.
Vidéo

En avril déjà, Cédric Labigne, représentant de l'Ufap à la prison d'Auxerre annonçait 183 détenus pour 111 places et 45 personnels de surveillance (voir vidéo). Des chiffres confirmés ce mercredi par Thierry Cordelette, qui avance cependant «une soixantaine de surveillants», chacun devant assumer «une dizaine de tâches différentes en même temps».