La visite de Nicolas Sarkozy dans une usine Faurecia à Caligny (Orne) le 3 septembre 2009 est soupçonnée par la télé belge RTBF d'avoir été bidonnée.
La visite de Nicolas Sarkozy dans une usine Faurecia à Caligny (Orne) le 3 septembre 2009 est soupçonnée par la télé belge RTBF d'avoir été bidonnée. - WITT/SIPA

Il fallait être de petite taille pour figurer derrière Nicolas Sarkozy lors de sa visite de l'usine normande de Faurecia, jeudi dernier. Mieux: l'ensemble des ouvriers présents sur place ont été sélectionnés. C'est ce qu'affirme la chaîne belge RTBF dans son reportage diffusé samedi. Mais si l'Elysée a démenti l'information, un syndicaliste du site de l'équipementier automobile affirme que tout a été orchestré sur demande expresse de l'Elysée.

La manif qui inquiète et la peur de l'«incident stupide»

José De Sa Moreira (CFDT) a expliqué à Rue89 que l'Elysée, la Préfecture de l'Orne et les renseignements généraux se sont bel et bien mis d’accord sur trois points. «Le critère de taille pour figurer sur les prises de vue», comme l’assure une ouvrière dans le reportage, mais aussi la tenue d'une manifestation, prévue la veille par une intersyndicale, et la garantie d'une visite sans accroc.

«Nous avions planifié la manifestation la veille de la visite de Nicolas Sarkozy car nous savions que le jour-même on ne pourrait même pas approcher», a confirmé à 20minutes.fr Philippe Brossard, secrétaire générale de la CGT Orne. Mais le délégué de son syndicat pour l'usine de Caligny lui avait déjà appris «qu'une sélection des salariés était effectuée par les DRH». Philippe Brossard affirme même en avoir personnellement informé les journalistes de la RTBF.

Des salariés venus faire le nombre

«Nous nous sommes assurés qu'il n'y aurait pas d'incident stupide, du type un salarié qui refuse de serrer la main au président», explique de son côté José De Sa Moreira. L'homme se justifie: «Ce n'est pas dans notre intérêt, il y a eu 1.215 suppressions d'emploi rien que sur l'activité siège». Il confirme donc les affirmations des journalistes belges, selon qui on a fait venir des employés volontaires «d'autres sites» pour faire de la figuration.

Philippe Brossard, lui, a bien entendu parler de «salariés venus en car des autres sites» pour faire le nombre, la consignes étant de réunir au moins 500 personnes alors que l'usine n'en copte que 400. Il doute en revanche que tous étaient volontaires: «ils étaient sans doute aussi volontaires que le seront ceux pour le travail du dimanche», ironise le syndicaliste.

«Il s'agit bien d'une requête venant de l'Elysée»

«Ridicule et grotesque», enrageait ce lundi sur France Inter Franck Louvrier, le conseiller presse de l'Elysée, interrogé sur la taille que devaient faire les figurants. «Je peux vous assurer que nous avons la certitude, de source sûre et fiable, que cette exigence n'est pas sortie de la tête d'un responsable de Faurecia et qu'il s'agit bien d'une requête venant de l'Elysée», répond José De Sa Moreira.

Du côté de l'Elysée, contacté par 20minutes.fr, on reste sur les mêmes positions. Le critère de taille? «Je reprendrai les termes de Franck Louvrier». Et les salariés triés sur le volet? «Nous ne sommes pas au courant, voyez avec Faurecia». Contactée par 20minutes.fr, la direction de la communication de l'équipementier s'est en retour bornée à rappeler la position élyséenne et à répéter que «le groupe n'a aucun commentaire à faire sur ces informations.» Avant de se fendre d'un communiqué assurant que la direction «dément les rumeurs faisant état d’"exigences particulières de l’Elysée" quant au personnel Faurecia présent durant l’allocution du président».

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