EDF a fait espionner l'association Sortir du Nucléaire

SECURITE Une entreprise suisse, Securewyse, aurait surveillé le porte-parole en 2006. L'association va porter plainte...

MD (Avec agence)

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Le porte-parole du Réseau "Sortir du nucléaire", Stéphane Lhomme, a été placé en garde à vue mardi dans les locaux de la Direction de la surveillance du territoire (DST) où il avait été convoqué, selon des sources concordantes.

Le porte-parole du Réseau "Sortir du nucléaire", Stéphane Lhomme, a été placé en garde à vue mardi dans les locaux de la Direction de la surveillance du territoire (DST) où il avait été convoqué, selon des sources concordantes. — Pierre Andrieu AFP

C'est une nouvelle affaire d'espionnage pour EDF. Le groupe a fait espionner en 2006 le porte-parole de l'association Sortir du Nucléaire, Stéphane Lhomme, par une entreprise suisse, Securewyse, affirme ce mercredi «Le Canard Enchaîné». «En 2006, le géant de l'électricité avait placé sous surveillance le très remuant porte-parole de l'association», écrit l'hebdomadaire dans un article qui rappelle qu'EDF doit déjà se défendre contre des accusations de piratage informatique de l'ordinateur de l'ancien responsable des campagnes de Greenpeace France, Yannick Jadot.
 
«Nous intervenons en défense, pas en attaque»
 
«C'est l'entreprise suisse Securewyse qui, durant plusieurs mois, avait assuré cette mission», précise «Le Canard». Contactée par l'AFP, la société EDF n'a pas souhaité faire de commentaire. Le directeur de Securewyse, société spécialisée dans la sécurité informatique, a pour sa part «contesté formellement» les informations lui attribuant des activités d'espionnage. Si son entreprise a bien été mandatée par EDF, c'était dans le cadre d'«une enquête interne» après la diffusion d'informations confidentielles, a précisé Michel Arditti, joint par téléphone. «Nous intervenons en défense, pas en attaque» afin d'«empêcher les attaques de ce genre de groupes» militants, a-t-il expliqué.
 
En mai 2006 et mars 2008, Stéphane Lhomme avait été placé en garde à vue par la DST (contre-espionnage) pour s'être procuré un document classé «confidentiel défense» selon lequel le réacteur nucléaire de troisième génération EPR ne résisterait pas au crash d'un avion de ligne. Selon «Le Canard», c'est cet événement qui aurait conduit EDF à faire espionner Stéphane Lhomme.
 
Quelles relations entre la DST et les entreprises?
 
«Le réseau Sortir du Nucléaire va sous peu porter plainte devant le Parquet de Nanterre contre EDF mais aussi contre la DST», aujourd'hui fusionnée avec les Renseignements généraux pour former la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), a annoncé l'association dans un communiqué. Stéphane Lhomme a par ailleurs dénoncé devant la presse à Bordeaux les «relations troubles entre "le service public de l'espionnage" (DST et RG, ndlr) et des sociétés commerciales sulfureuses». Le «Canard enchaîné» évoque également «d'autres opérations d'espionnage, notamment sur le site breton de Couëron où Greenpeace entrepose du matériel militant et dispense des formations à ses "activistes", comme ils se surnomment eux-mêmes.»
 
L'association a aussitôt réagi en dénonçant l'espionnage dont aurait fait l'objet ce hangar en Loire Atlantique: «Le recours à des officines privées pour espionner ses détracteurs semble être monnaie courante chez l'opérateur public d'électricité», s'insurge Greenpeace dans un communiqué. Interrogé sur les accusations d'espionnage contre l'ex-responsable de Greenpeace, le PDG d'EDF Pierre Gadonneix a déclaré de son côté au quotidien «Le Monde» n'avoir «jamais signé de contrat demandant ce type d'opération». 

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