Les violences et les pillages dans la nuit du mardi 17 au mercredi 18 février, à Point-à-Pitre, Guadeloupe, ont provoqué la mort d'un syndicaliste de la CGTG.
Les violences et les pillages dans la nuit du mardi 17 au mercredi 18 février, à Point-à-Pitre, Guadeloupe, ont provoqué la mort d'un syndicaliste de la CGTG. - J. TACK / AFP

M.Gr. avec agence

C'est la première victime du conflit en Guadeloupe. Un homme a été tué par une balle tirée «depuis un barrage tenu par des jeunes» vers 0h30, dans la nuit de mardi à mercredi à Pointe-à-Pitre. Selon les informations de 20minutes.fr, il s'agit d'un militant de la CGTG, la Confédération Générale du Travail de la Guadeloupe, la deuxième organisation syndicale sur l'île. Il s'agit de Jacques Bino, un agent des impôts. C'est un père de famille de 47 ans.

«Il venait de participer à un meeting à la Mutualité. On venait justement de décider de maintenir les barrages, mais de calmer les jeunes, nous explique Max Céleste, membre de la direction de Combat Ouvrier. Il y a des pillards, des jeunes incontrôlables. On voulait leur dire d'arrêter de faire n'importe quoi. Avec son frère, Jacques Bino est rentré chez lui en voiture, dans la cité Henri IV. Il approchait d'une barricade où des jeunes tiraient sur des policiers, quand, brusquement, il s'est effondré au volant après avoir été touché par une balle au thorax. C'était une balle perdue. Vus les premiers élements qu'on a, on ne peut incriminer la police. Son frère est choqué, mais il n'a rien.»Des policiers de la Bac intervenus sur place ont effectivement été visés et trois policiers ont été légèrement bléssés.

Pourtant selon les premiers éléments de l'enquête Jacques Bino n'a pas été atteint par une balle perdue, a affirmé mercredi le procureur de Pointe-à-Pitre, Jean-Michel Prêtre. Au terme des premières constatations, sa voiture a subi trois tirs dont les deux premiers ont visé le côté arrière-droit du coffre de la voiture et le troisième, mortel, a été «tiré par la fenêtre ouverte du passager assis à l'avant droit», a précisé le procureur lors d'une conférence de presse.

Le coup de gueule d'un camarade du syndicaliste tué

Pour Max Céleste, membre de la direction de Combat Ouvrier et qui côtoyait le militant CGTG décédé au sein du collectif LKP, «l'Etat français a créé une situation chaotique. Les jeunes deviennent incontrôlables, si le LKP n'avait pas fait preuve de sang froid et eu un service d'ordre efficace, il y aurait eu de nombreux dérapages bien plus tôt dans le conflit.» Selon Céleste, «la dégradation actuelle est terrible quand on voit que Jégo avait validé le dimanche 8 février un pré-accord entre patronat et syndicats. Mais ses aller-retours en métropole et le volte-face du gouvernement ont mené indirectement à ce drame. Tout comme des insultes racistes de certaines forces de l'ordre.»

Réunion d'urgence cet après-midi

Michèle Alliot-Marie a annoncé l'envoi sur place de quatre escadrons de la gendarmerie dès mercredi soir, en renfort .

Le début de la nuit avait déjà été le théâtre d'affrontements violents. Outre les trois policiers à Henri IV, trois gendarmes ont été légèrement blessés par des tirs d'armes à feu alors que les affrontements entre jeunes et forces de l'ordre se multipliaient. Plusieurs magasins ont été pillés à Pointe-à-Pitre et des barrages, dont certains enflammés, dressés sur plusieurs rues de la ville désertées par les habitants. Selon la préfecture, «des incendies se déclarent dans des commerces, essentiellement dans l'agglomération de Pointe-à-Pitre».

Ont notamment été pillés des magasins et entreprises appartenant au groupe béké martiniquais Bernard Hayot (GBH), notamment une concession Renault, un atelier de réparations auto rapides, un magasin de pneus et un hypermarché Carrefour.

Fusils à pompe

A Baie-Mahault, à dix kilomètres de Pointe-à-Pitre, de violentes échauffourées ont opposé dès 19 heures mardi (minuit en métropole) une centaine de jeunes à des gendarmes mobiles.

Selon le maire de la ville, Ary Chalus, une centaine de jeunes étaient présents dans la zone commerciale de Destrelland à Baie-Mahault, qui avait brièvement rouvert le week-end sous haute surveillance policière. Certains, munis de fusils à pompe, ont tiré à balles réelles en direction des forces de l'ordre. «Les jeunes ont même tiré sur l'hélicoptère qui amenait sur place le colonel de gendarmerie», a affirmé Chalus, qui parle de scènes de «chaos». «On risque d'avoir des familles endeuillées, il y a des enfants de 15 ans qui sont en train d'affronter les gendarmes».

Trois gendarmes ont été légèrement blessés, tandis que trois jeunes ont également été interpellés.

«Ne répondez pas à la provocation»

Face à ce regain de violences, le LKP, qui mène la grève générale paralysant l'île depuis le 20 janvier, a tenu à apaiser les esprits sur la radio RCI en milieu de soirée. Son leader, Elie Domota, a demandé en créole aux émeutiers: «Ne mettez pas votre vie en danger, ne mettez pas la vie des autres en danger». «Ne répondez pas à la provocation», a-t-il lancé aux jeunes, demandant dans le même temps au préfet de «retirer ses gendarmes».

Le porte-parole du gouvernement Luc Chatel a lui aussi lancé, sur Europe 1, un «appel au calme», estimant que «la place des uns et des autres, est davantage autour de la table que sur les barricades».

Le début de semaine est extrêmement agité. Lundi matin, les militants du LKP avaient dressé de nombreux barrages et les forces de l'ordre étaient intervenues, puis dans la soirée et la nuit des bandes de jeunes s'étaient opposées aux forces de l'ordre.

Rappelons que le président de la République doit recevoir jeudi à Paris les parlementaires et présidents des collectivités territoriales de Guadeloupe et Martinique.

 

Le précédent.- Mai 1967: 87 ouvriers du bâtiment qui réclament une augmentation des salaires sont tués dans des émeutes par l'armée française, qui craint alors un complot indépendantiste.