C'est la grande évasion. Les deux hommes qui se sont fait la belle de la prison de Moulins (Allier), dimanche, «sont probablement loin», a reconnu, lundi en fin d'après-midi, une source policière. Ils ont pu aller vers la «Belgique, la Hollande, ou redescendre dans l'Aisne pour aller vers le Luxembourg, il y a plein de possibilités», précise la même source, qui souligne «une part d'improvisation» dans la cavale.

Ils ont pris en otage un automobiliste et son fils ce lundi matin à Amiensavant de les libérer sains et saufs près d'Arras. Les deux malfrats ont ensuite mis le cap à Saint-Laurent-Blangy, où ils ont braqué une colportrice de journaux.

Les deux détenus se sont évadés dimanche après-midi en prenant, déjà, deux gardiens sous leur coupe lors de leur cavale en voiture. Ils les ont relâchés en région parisienne dans la soirée de dimanche.

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Deux proches des évadés ont été placés en garde à vue ce lundi midi à la direction interrégionale de la police judiciaire de Lyon.

Il s’agit de la compagne de Khider et la sœur de Omar Top.

La garde à vue des deux femmes, qui avaient rendu visite aux deux évadés dimanche au parloir, est prolongée de 24 heures.

Récidiviste de l'évasion

Les deux évadés sont fichés au grand banditisme, et l'un d'entre eux, Christophe Khider, 37 ans, a été

condamné à la perpétuité en 1999 pour un braquage avec mort d'otage. Il avait été ensuite condamné en 2007 à quinze ans de prison pour une tentative d'évasion de la prison de Fresnes en 2001. Il avait essayé de se faire la malle en hélicoptère mais l'histoire s’était terminée par une fusillade sur le toit de la prison et par une prise d’otages.

Selon les calculs de sa mère, placée en garde-à-vue ce lundi matin, une libération était envisageable en... 2045.
Khider devait être jugé mercredi au tribunal correctionnel de Moulins pour une tentative d’évasion de la centrale de Lannemezan, le 9 mai 2006. C'est dans cette prison des Hautes-Pyrénées que Khider a rencontré Omar Top El Hadj, le second évadé. El Hadj, 28 ans, était «libérable en 2020», il avait menacé de mort le directeur de Lannemezan en mai 2007. Khider et El Hadj se sont retrouvés à la prison de Moulins-Yzeure, où ils ont échafaudé minutieusement leur plan.

Evasion explosive

L'évasion s'est produite peu avant 16h15.
«Les évadés étaient dans le parloir au moment où des familles rendaient visite à leurs proches détenus», a expliqué Younès Mellakh, responsable Ufap (syndicat de surveillants de prison) à la centrale de Moulins. Ils ont ensuite pris «en otage deux surveillants avec leurs armes» et fait «sauter les portes du parloir avec des explosifs qu'ils avaient sur eux».

Avec un pistolet automatique, les deux braqueurs se sont fait ouvrir, toujours en menaçant de tuer les deux surveillants, toutes les portes blindées et ont filé sur le parking du centre pénitentiaire. Khider et Top se sont engouffrés dans une voiture garée devant l'établissement. Ils n'ont fait que quelques centaines de mètres avant d'emboutir d'autres véhicules, explique «La Montagne». Puis ils ont réussi à voler une Ford Ka à l'entrée de Moulins.

«Cassez-vous ou je le flingue!»

La course-poursuite a duré sur une vingtaine de kilomètres sur la RN 7 en direction de Paris. Avec un grand sang-froid, ils se sont mis en travers de la route pour braquer une Audi, où se trouvaient un père de famille et son fils. Les gendarmes qui étaient à leurs trousses ont profité de ce moment pour mettre en joue les évadés. Mais l'un des deux a alors pointé son arme vers un des otages: «Cassez-vous ou je le flingue!»

Les gendarmes ont obtempéré face aux deux preneurs, résolus et experimentés. Sur la demande du père de famille, Khider et Top ont laissé le petit et son paternel partir, et ils ont repris la direction de Paris, roulant à tombeau ouvert sur l'autoroute A77, avant de relâcher les deux surveillants vers 19h30 près d'Evry (Essonne). «Ils sont en bonne santé», a précisé l'administration pénitentiaire.

Plan «Epervier»

Les évadés ont ensuite forcé un barrage, trouvant une nouvelle porte de sortie sur la Francilienne, suivi de près par la gendarmerie et le groupe d'intervention de la police nationale (GIPN), aux aguets. Un hélicoptère a aussi été mobilisé pour les recherches mais le flot de circulation des vacanciers rend les repérages extrêmement ardus.

Le plan «Epervier», consistant à l'établissement massif de barrages de gendarmerie, a été déclenché immédiatement. Leur fuite spectaculaire rappelle celle qui avait eu lieu, juste avant Noël, à la prison de Rennes. Les détenus avaient alors scié leurs barreaux.

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