Une cinquantaine de personnes ont manifesté dans le centre de Paris samedi pour réclamer le retrait de la réforme supprimant les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), a constaté une journaliste de l'AFP.
Une cinquantaine de personnes ont manifesté dans le centre de Paris samedi pour réclamer le retrait de la réforme supprimant les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), a constaté une journaliste de l'AFP. - Maud Vandepoele AFP

Que vont devenir les IUFM? La modernisation de la formation et du recrutement des enseignants est un des volets de la réforme préparée par Valérie Pécresse, conjointement avec le ministre de l'Education Xavier Darcos. Bien que de nombreux enseignants jugent une revalorisation nécessaire, les mesures annoncées par les ministres sont loin de faire l'unanimité. Explications.
 
Masterisation: Une année de plus pour gagner plus?
 
Aujourd'hui: Actuellement, les concours pour devenir professeur des écoles (primaire) ou enseignant (secondaire) sont accessibles à partir de la licence, soit un bac+3. On peut les préparer via l'IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres) pendant un an ou les présenter en candidat libre. Après l'obtention du diplôme une année de stage en classe est obligatoire. Au total, les enseignants comptabilisent donc cinq ans de formation pour un niveau bac+3. De plus, la préparation au concours n’est pas validée par l’université. Donc si un étudiant échoue, il perd une année.
 
Ce que dit la réforme: Actuellement, la formation des enseignants n’est pas compatible avec le cadre européen. La réforme vise donc a l'intégrer dans le dispositif LMD et prévoit qu'à partir de 2010, les enseignants des écoles, collèges et lycées seront recrutés au niveau «mastère 2», c'est-à-dire à bac +5. Le sort des IUFM n'est pas tranché. Ils pourraient être intégrés aux universités ou subsister en parallèle dans les villes moyennes où des antennes locales persisteront. «En échange de cette année d'étude supplémentaire, nous nous engageons à ce que les débuts de carrières soient revalorisés», avait déclaré Nicolas Sarkozy en juin 2008.
 
Critiques: Ce volet de la réforme est perçu comme dangereux par les syndicats d'enseignants qui craignent que la qualité de la formation n'en pâtisse. «Chaque université va pouvoir concocter son propre programme de mastère pour les futurs enseignants. Cela risque de créer de grandes disparités au niveau de la qualité de la formation donnée», explique Marianne Baby, secrétaire générale adjointe du Snuipp. Du côté de la Conférence des présidents d'universités, (CPU), la porte-parole, Simone Bonnafous, précise «il n'y a pas de socle commun au niveau du programme qui sera enseigné dans ces mastères, bien que nous tentons de mettre en place une coordination nationale». Par ailleurs, certains syndicats craignent la disparition pure et simple des IUFM.
 
Stage: Un professeur qui n'a jamais vu d'élèves?
 
Aujourd'hui: Toute personne titulaire du concours de maître des écoles ou du Capes doit effectuer dans la foulée une année de stage rémunéré en situation afin d'apprendre le métier en observant et en participant à la vie d'une classe. Par contre, un étudiant peut préparer un concours sans aller dans une classe ni rencontrer des élèves à vérifier. En effet, si une personne présente le concours en candidat libre, elle n'a pas obligatoirement eu de contact avec les élèves auparavant. Pour les étudiants en première année d'IUFM, seuls les futurs professeurs des écoles ont des stages obligatoires contrairement à ceux qui se destinent à l'enseignement secondaire.
 
Ce que dit la réforme: L'année de stage rémunéré en classe, qui s'effectue en deuxième année d'IUFM, serait supprimée dans le nouveau dispositif. Par contre la réforme prévoit qu'une préparation progressive au métier sera organisée avant le concours en mettant en place des stages d’observation, de pratique accompagnée et en responsabilité dans des classes. Mais ces stages seront non rémunérés et non obligatoires.
 
Critiques: C'est une erreur, selon certains syndicats d'enseignants et d'étudiants, qui jugent les stages prévus en mastère insuffisants. «On va se retrouver avec des professeurs qui vont enseigner alors qu'ils n'auront presque pas vu d'élèves de leur vie ou en tout cas pas assez longtemps», explique Philippe Meirieu, ancien directeur d'IUFM maintenant professeur à l'université Lyon II. «Ces jeunes professeurs ne connaîtront rien de leur métier et ils risquent d'osciller en répression et dépression face à des élèves de plus en plus difficiles», ajoute-il. La réforme est également dénoncée comme visant à économiser, en 2010, des milliers de postes d'enseignants-stagiaires aujourd'hui rémunérés. Certains détracteurs craignent que les recalés aux concours, qui auront un mastère, constituent un vivier de personnels recrutables comme non-statutaires, donc précaires, ce qui menacerait le statut même de fonctionnaire.
 
Concours: Un recrutement moins spécialisé?
 
Aujourd'hui : Pour les professeurs des écoles, le concours comporte trois épreuves d'admissibilité. Une épreuve de français, une épreuve de mathématiques et une épreuve d'histoire-géographie ou de sciences expérimentales et technologie. Puis trois épreuves d'admission dont deux oraux - un entretien de motivation et un oral de langue - et une épreuve d'éducation physique et sportive. Pour les enseignants du secondaire, le concours prévoit deux épreuves écrites d'admissibilité et trois épreuves orales pour l'admission.
 
Ce que dit la réforme: Le concours pour les professeurs des écoles comportera quatre épreuves. Deux épreuves écrites d’admissibilité: français et culture humaniste d'un côté, mathématiques et sciences de l'autre. Puis deux épreuves orales d’admission: une épreuve prenant la forme d’un exercice pédagogique dans une des disciplines de l’école primaire et une épreuve de connaissance générale du système éducatif. Pour les enseignants du secondaire, les concours comporteront en général quatre épreuves. Deux épreuves écrites d’admissibilité et deux épreuves orales d’admission.
 
Les critiques: La diminution du nombre d'épreuves est perçue comme une régression pédagogique par les syndicats d'enseignants. «Seules quatre épreuves devront être passées par les candidats au lieu de plus de six aujourd'hui», explique la secrétaire générale adjointe du Snuipp. Un test insuffisant selon le syndicat pour évaluer les compétences et la motivation d'un candidat.
 
Un calendrier contesté
 
Ce que dit la réforme: Les présidents d'universités devront rendre leur maquette d'enseignement d'ici au 13 février. Dès l'année universitaire 2009/2010, la réforme sera opérationnelle. Entre janvier et juin 2010, la première session des nouveaux concours et validation de l’année de Mastère 2 aura lieu. Puis, en septembre 2010 auront lieu les premières affectations des professeurs stagiaires en écoles ou établissements. Enfin, en juin 2011, les professeurs stagiaires seront titularisés.
 
Critiques
: Le délai imparti aux présidents d'universités pour fournir les nouvelles maquettes de «mastère d'enseignement» est insuffisant selon eux. Ils ont solennellement demandé à Xavier Darcos ce jeudi de reporter la réforme à 2011. Lequel a refusé.

 

 


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