Qui tire son épingle du jeu au lendemain du 29 janvier?

SOCIAL Gouvernement, syndicats, PS, extrême gauche... Où en sont les rapports de force après la forte mobilisation de jeudi?

C. F.

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Le PS était partout présents dans ou le long des cortèges, comme à Paris autour de la première secrétaire Martine Aubry.

Le PS était partout présents dans ou le long des cortèges, comme à Paris autour de la première secrétaire Martine Aubry. — Boris Horvat AFP

La balance ne semblait pas pencher franchement en faveur de l'un ou l'autre camp au lendemain de la journée de mobilisation massive du 29 janvier. Les syndicats ont pour eux le nombre important de manifestants (entre 1 et 2,5 millions), digne de certaines manifs anti-CPE et anti-réforme des retraites, le gouvernement a pour lui le bon fonctionnement du service minimum et un taux de grève limité dans le secteur privé. 20minutes.fr fait le point.

Le gouvernement va-t-il infléchir sa politique?

Pour l'instant, il affiche un certain statu quo, affirmant ici et là que le cap des réformes doit être maintenu. Nicolas Sarkozy a jugé «légitimes» les inquiétudes des Français face à la crise, mais il s'est contenté de renvoyer les syndicats à un rendez-vous programmé depuis plusieurs semaines en février. Objectif: «Convenir du programme des réformes à conduire en 2009 et des méthodes pour le mener à bien». S'agissant du plan de relance face à la crise, l'Elysée et le gouvernement maintiennent que celui qui vient d'être adopté par le Parlement est le mieux adapté, privilégiant l'investissement et le financement des entreprises à la consommation. «Il commence à se déployer» et il faut «attendre qu'il produise ses effets», a par ailleurs plaidé Raymond Soubie, le conseiller social de Nicolas Sarkozy.

Le ministre des Affaires sociales, Brice Hortefeux, n'a toutefois pas exclu un ajustement de politique, selon «Le Monde». «Nicolas Sarkozy et le gouvernement ne sont ni figés ni sclérosés. Notre marque de fabrique, c'est la réactivité», explique-t-il dans les colonnes du quotidien. D'autant que l'exécutif ne peut ignorer que les syndicats avaient cette fois-ci le soutien de l'opinion. Une opinion à prendre avec des pincettes en ces temps de crise. Et qui fustige une politique économique «inégalitaire», selon Stéphane Sirot, historien spécialiste des mouvements sociaux. «Le contexte a mis à mal les discours tenus depuis les années 70 selon lesquels les caisses de l'Etat sont vides et qu'on ne peut pas creuser les déficits. Une profusion d'argent vient d'être déversée, notamment aux banques, explique-t-il. Ces aides viennent se télescoper avec l'une des premières réformes de Nicolas Sarkozy, le paquet fiscal, renforçant le sentiment d'inégalité.»

Les syndicats vont-ils pouvoir rebondir sur la journée du 29?

C'est en partie ce qui va déterminer l'attitude du gouvernement. Les syndicats doivent se retrouver lundi pour décider des suites à donner à la journée de jeudi, en vue de la réunion avec l'exécutif en février. Mais plusieurs analystes pointent déjà le risque de division après le front uni affiché le 29. La CFDT a d'ores et déjà indiqué que son intention n'était pas de manifester toutes les semaines. Surtout, les syndicats vont devoir se mettre d'accord sur une plate-forme de revendications plus pointues que la défense de l'emploi, du pouvoir d'achat et du service public. La tâche n'est pas aisée. Guy Groux, spécialiste des syndicats, parie ainsi plutôt sur des conflits très durs mais localisés dans différents secteurs ou entreprises. Stéphane Sirot s'interroge également sur la capacité des fédérations à engager un vrai rapport de force avec le gouvernement. Mais selon lui, la crise y est favorable: «Il existe pour la première fois depuis longtemps le potentiel pour créer un mouvement social plus global.» Réponse dans les semaines à venir.

Le PS va-t-il profiter durablement de son association au mouvement?

Pour la première fois depuis longtemps, le Parti socialiste était aux côtés des manifestants jeudi. «Lorsque nous avons un peu perdu notre âme, nous n'étions plus dans la rue, aujourd'hui nous avons retrouvé nos valeurs», a commenté Martine Aubry depuis le cortège parisien. La première secrétaire a toutefois tenu à prendre ses distances avec l'extrême gauche: le PS est un «parti de gouvernement» et «pas un parti de dénonciation», a-t-elle déclaré au cours de l'émission politique «A vous de juger», sur France 2, jeudi soir.

Martine Aubry et son équipe comptent bien faire leurs armes face à Nicolas Sarkozy sur le terrain économique et social. Le contre-plan de relance présenté la semaine dernière et la motion de censure contre la politique économique du gouvernement défendue mardi à l'Assemblée en sont la preuve. La première secrétaire s'est ainsi déclarée «à disposition» du Président ou du Premier ministre pour parler du plan de relance du PS, axé notamment sur le pouvoir d'achat et la consommation. A défaut d'imposer ses idées au gouvernement, le PS cherche à retrouver sa légitimité de premier parti d'opposition, face à une extrême gauche montante.

Et L'extrême gauche dans tout ça?

Le fond de l'air est bon pour elle. Dix organisations de gauche, dont le NPA (Nouveau parti anti d'Olivier Besancenot, le PCF, et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, ont soutenu les manifestations, via un texte commun - que n'ont pas ratifié le PS et Lutte ouvrière. Pour Besancenot, c'est «une motion de censure sociale et politique» contre le gouvernement. Pas question en revanche d'y voir les prémices du «front de gauche» dont rêve Mélenchon aux élections européennes de juin. «On n'est pas réunis pour discuter d'un front électoral», affirme Besancenot. «L'idée d'un front de l'autre gauche avance», veut encore croire Mélenchon, partisan d'un débouché politique à la lutte sociale. La question devrait être tranchée lors du congrès du NPA les 6 et 8 février prochains.