Guillaume Pepy veut-il restreindre le droit de grève?

TRANSPORTS Après le blocage de mardi, Nicolas Sarkozy s'est fâché, le président de la SNCF s'est excusé et va demander des comptes aux syndicats...

Julien Ménielle

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La SNCF vérifiera les caténaires sur 10.000 des 15.000 kilomètres de lignes que compte le réseau ferroviaire d'ici la fin septembre, après une série d'incidents qui ont fortement perturbé le trafic, a annoncé mercredi son président Guillaume Pepy.

La SNCF vérifiera les caténaires sur 10.000 des 15.000 kilomètres de lignes que compte le réseau ferroviaire d'ici la fin septembre, après une série d'incidents qui ont fortement perturbé le trafic, a annoncé mercredi son président Guillaume Pepy. — Miguel Medina AFP/Archives

Après des semaines difficiles à Saint-Lazare, qui se sont terminées sur l'apothéose du mouvement de mardi et la fermeture de la gare, Guillaume Pépy prend les choses en main. Il faut dire que Nicolas Sarkozy s'est fâché tout rouge, a exigé des excuses, avant de s'en prendre au syndicat Sud-Rail. Du coup, le président de la SNCF a annoncé qu'il allait réunir les organisations syndicales «pour bâtir ensemble des solutions autres que la grève dans ce cas de figure, quand il y a une agression».

Une annonce qui sonne comme une menace pour le droit de grève, déjà mis à mal par la loi sur le service minimum. Mis à mal, mais pas complètement, puisque, comme l'explique Alain Cambi, secrétaire fédéral Sud-Rail à 20minutes.fr, le texte révèle «une faille dans laquelle se sont engouffrés les agents», avec ce nouveau mode de grève de 59 minutes à la prise de service et la possibilité de rejoindre sans préavis un mouvement qu’on avait quitté.

«On discutera peut-être des 59 minutes, estime un porte-parole de la SNCF, mais l'ordre de jour c'est les grèves sauvages en cas d'agression». Alain Cambi n'en est pas si sûr, et craint que «le véritable objectif soit de restreindre le droit de grève». Si pour lui, vouloir limiter les dégâts est une démarche «cohérente et logique» de la part d'un dirigeant d'entreprise, il rappelle cependant que, pour Sud-Rail, «la grève, c'est toujours le bout du bout, mais pas une fin en soi».

Les syndicats proposent la «grève de la gratuité»

Il souligne également qu'avant le mouvement de décembre dernier, le syndicat «a de nombreuses fois attiré l'attention de la direction sur le mécontentement, et sollicité des discussions». Fin de non-recevoir, déplore-t-il. Lui-même se désole de voir «les usagers pâtir d'un conflit qui oppose la direction et ses employés», mais il rappelle que Sud-Rail a déjà proposé le principe de «grève de la gratuité». Une solution qui rendrait les mouvements sociaux «plus populaires», mais que la SNCF refuse d'envisager «pour des problèmes d'assurance».

En effet, comme l'explique un porte-parole de l'entreprise à 20minutes.fr, «le contrat d'adhésion à l'assurance dépend directement de l'achat d'un titre de transport». En somme, un voyageur peut être pris en charge par l'assurance de la SNCF s'il lui arrive quelque chose pendant son trajet. S'il n'a pas de billet, c'est pour sa pomme. Par ailleurs, «la gratuité relève des contrôleurs, pas des conducteurs, souligne le porte-parole. Et puis de toute façon, c'est illégal». Et s'il est envisageable de faire évoluer la loi pour colmater les brèches actuelles sur le service minimum, la SNCF semble penser que ce n'est pas possible dans ce cas précis.