Pas de quoi apaiser les inquiétudes des associations. Le rapport du criminologue Alain Bauer sur les fichiers de police, remis ce jeudi à Michèle Alliot-Marie, préconise de mieux encadrer les fichiers classés «secret défense» mais maintient les catégories ethno-raciales.

Le groupe de travail d’Alain Bauer, qui ne s’était pas réuni depuis 2006, avait été réactivé «avant même» la polémique sur le fichier Edvige, a relevé ce jeudi la ministre de l’Intérieur, en annonçant sa décision de «le pérenniser». Il n’empêche. Il était attendu au tournant par les associations anti-discrimination.

La suppression du type «gitan» préconisée

Or, il préconise toujours un fichage de suspects selon dix types (méditerranéen/caucasien, africain/antillais, métis et autres, maghrébin, moyen-oriental, asiatique, indo-pakistanais, latino-américain, polynésien, mélanésien).

Cette classification existe déjà dans le logiciel «Canonge» utilisé par les policiers pour le signalement des personnes recherchées et intégré dans le «système de traitement des infractions constatées» (Stic). Le groupe Bauer préconise toutefois la suppression du type «gitan».

«Catégories ethno raciales […] d’un autre âge»

SOS racisme qui fait partie du groupe Bauer, a regretté «le maintien des catégories ethno raciales […] d’un autre âge». De son côté, la Licra, également membre du groupe Bauer, qui avait réclamé «l’abandon de toute classification ethno-raciale», estime que «cette typologie est une déviance inquiétante en ce qui concerne le respect des libertés publiques».

Dans un projet de rapport dont l’AFP avait eu connaissance la semaine dernière, le groupe avait envisagé d’expérimenter durant un an, dans un département, un fichage combinant origine ethnique et couleur de peau, d’yeux et de cheveux (dit gamme chromatique), ce qu’Alain Bauer avait vivement démenti.

Contrôler la situation des mineurs fichés

Parmi les autres recommandations, 26 au total, figure la nécessité de «mieux encadrer» les fichiers classés «secret défense», donc échappant à tout contrôle, en créant une sorte de commission indépendante, présidée par un magistrat, afin d’y avoir un tant soit peu accès.

S’agissant du fichage des mineurs, qui fait aussi polémique, le groupe propose de contrôler tous les deux ans la situation des mineurs fichés et de le faire également à leur majorité, même si le droit à l'oubli est garanti. «Nous considérons que, quel que soit l’âge retenu (à partir duquel un mineur peut figurer dans un fichier), la garantie donnée aux mineurs doit être largement renforcée», a souligné Alain Bauer.

Michèle Alliot-Marie a promis de faire savoir «d’ici à un mois» ce qu’elle retiendrait parmi les 26 propositions.

Le groupe Bauer comprend 21 membres: 16 sont issus de la «société civile» et du monde associatif tels la Licra, SOS racisme, la Cnil ou des syndicats de police, 5 sont des représentants des ministères de l’Intérieur et de la Justice.