Le linguiste Alain Bentolila préconise dans un rapport sur l'école maternelle qu'il doit remettre mercredi à Xavier Darcos "un nouveau mot par jour", la "scolarité obligatoire à trois ans" mais déconseillée à deux, ou encore "un pacte entre les parents et la maternelle".
Le linguiste Alain Bentolila préconise dans un rapport sur l'école maternelle qu'il doit remettre mercredi à Xavier Darcos "un nouveau mot par jour", la "scolarité obligatoire à trois ans" mais déconseillée à deux, ou encore "un pacte entre les parents et la maternelle". - Dominique Faget AFP/Archives

Alors que Xavier Darcos multiplie les annonces ces dernières semaines, l'attention des enseignants se porte plutôt sur une nouvelle petite bombe lâchée par le ministre de l'Education le 3 juillet dernier. Dans une vidéo qui circule au sein de la blogosphère enseignante et publiée par Rue89 lundi, Xavier Darcos remet en cause devant la commission des Finances du Sénat la scolarisation trop précoce des enfants en maternelle. Avec cet argument: «Est-ce qu’il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits délégués par l’Etat, que nous fassions passer des concours bac +5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches?»

La remise en cause du bien-fondé de l'école maternelle n'est pas nouvelle. Elle a fait l'objet de plusieurs ouvrages, le dernier en date («Il faut fermer les écoles maternelles», éd. Michalon, 14 euros) ayant été écrit par un inspecteur de l'Education nationale. Mais les termes du débat, cette fois-ci, risquent d'agacer encore un peu plus une communauté enseignante déjà très remontée.

«Darcos mérite la médaille d'or du mépris»

«Darcos mérite la médaille d'or du mépris des enseignants et de l'école maternelle», fustige Gilles Moindrot, secrétaire générale du Snuipp (Syndicat national unitaire des instituteurs professeurs des écoles). «Surtout, cela témoigne d'une méconnaissance étonnante du ministre en la matière, les élèves avec des couches étant très rares en petite section puisque la propreté est exigée, poursuit-il. Par ailleurs, il est aussi difficile d'apprendre à des élèves de maternelle le langage que d'enseigner les grands auteurs à des élèves de Louis-Le-Grand (lycée parisien où Darcos a enseigné pendant cinq ans).»

Quant à l'argument financier invoqué par le ministre (scolariser à deux ans et demi un enfant revient plus cher à l'Etat que de les prendre en charge dans des structures d'accueil collectives comme les crèches et les haltes-garderies) Gilles Moindrot fait valoir que l'encadrement dans ces structures est beaucoup plus important («un adulte pour quatre ou cinq enfants») qu'à l'école maternelle (deux adultes pour 27 enfants environ)».

La Cour des comptes ne le contredirait pas, qui indiquait dans un rapport début septembre que «le coût par enfant est moindre s’il est accueilli en maternelle plutôt qu’en établissements d’accueil de jeunes enfants (13.368 € en 2006 en EAJE, contre 4.570 € en maternelle, hors périscolaire).» La Cour des comptes estimait ainsi que la diminution «du taux de scolarisation des 2-3 ans de 27% entre 2003 et 2007», faute d'effectifs suffisants, apparaissait «peu cohérente au regard de la bonne utilisation de l’argent public».


Darcos et l'école maternelle
envoyé par blogmammouth

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