Laurence Parisot déclenche une crise au sein du patronat

DECRYPTAGE – L’UIMM, fédération de la métallurgie, mise en cause par la patronne des patrons compte bien ne pas se laisser faire…

Vincent Glad

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L'affaire de l'UIMM a déclenché une crise ouverte au sein du patronat: la présidente du Medef, Laurence Parisot, tente de mettre au pas la fédération de la métallurgie, et use de mots très durs, s'attirant une réplique cinglante de ses dirigeants, sous le regard agacé des syndicats.

L'affaire de l'UIMM a déclenché une crise ouverte au sein du patronat: la présidente du Medef, Laurence Parisot, tente de mettre au pas la fédération de la métallurgie, et use de mots très durs, s'attirant une réplique cinglante de ses dirigeants, sous le regard agacé des syndicats. — Stéphane de Sakutin AFP/Archives

Ca chauffe entre Laurence Parisot, présidente du Medef et la principale fédération de la centrale patronale, l’UIMM. Au cœur de la polémique, l’indemnité de départ de 1,5 million d’euros versée à Denis Gauthier-Sauvagnac, président démissionnaire de cette fédération. Notre décryptage pour y voir plus clair.


Le coup de sang de Laurence Parisot
Samedi soir sur France 2, la patronne du Medef a condamné fermement l’indemnité de départ de 1,5 million d’euros octroyée à Denis Gauthier-Sauvagnac, président démissionnaire de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM). «Trop, c'est trop. Je ne décolère pas. Ca abîme l'image des entreprises, du Medef, mon image», a-t-elle insisté, en dénonçant un comportement «méprisant et méprisable». Des propos très forts contre des membres éminents de son propre syndicat.

Pourquoi une telle colère?
Depuis fin septembre, l’UIMM, la fédération professionnelle la plus puissante du Medef, est au cœur d’un énorme scandale. L’organisation est accusée d’avoir effectué des retraits en liquide à hauteur de 18,9 millions d’euros entre 2000 et 2007. Ces sommes auraient servi au financement occulte des syndicats: la centrale patronale évitait des tensions sociales en achetant à coup de liasses de billets le silence des syndicats d’employés. Denis Gauthier-Sauvagnac, président de l’UIMM depuis 2006, a été contraint de démissionner le 24 octobre dernier. Jeudi, l’hebdomadaire «Marianne» a révélé que le chèque de départ de l’ancien président s’élevait à 1,5 million d’euros. Face à la polémique déclenchée par la somme, Laurence Parisot écourte ses vacances pour rentrer à Paris.

Comment expliquer que le président démissionnaire touche autant?
Benoît Hamon, député européen du PS, a qualifié l’accord d’«omerta inacceptable», comme si l’UIMM avait voulu acheter le silence de «DGS» sur l’utilisation des 18,9 millions d’euros de retraits en liquide. Frédéric Saint-Geours, nouveau président de la fédération, a refusé cette explication, précisant que la somme versée à «DGS» était due au titre de sa mise à la retraite. Il semble en tout cas que l’UIMM veuille assumer collectivement le scandale: au terme de l’accord de départ de «DGS», la fédération s’engage à payer les éventuelles conséquences fiscales de la condamnation en justice de son ancien président. «On a la conviction intime que Denis Gautier-Sauvagnac a agi dans l'intérêt de l'UIMM, il n'a pas à souffrir d'un redressement fiscal», a commenté à l’AFP un membre de la fédération.

Quelles mesures veut prendre Laurence Parisot?
La présidente du Medef «demande solennellement à tous les membres de l’UIMM qui exercent des mandats nationaux dans des institutions, au nom du Medef, de remettre immédiatement leur mandat à disposition». Cela représente une centaine de personnes. Une tête est déjà tombée. Michel de Virville, président de l’Unedic, directement impliqué, puisque c’est lui qui a négocié le départ de Gauthier-Savagnac, a démissionné dimanche. Dominique de Calan, délégué général adjoint de l’UIMM et qui cumule seize mandats nationaux, est aussi clairement dans le collimateur. Par contre, la présidente du Medef n’a pas demandé explicitement l’annulation de l’accord de départ de Gauthier-Sauvagnac.

Laurence Parisot prend-t-elle des risques à riposter avec une telle rigueur?
En s’attaquant ainsi à l’UIMM, la patronne du Medef tente de reprendre le contrôle sur la fédération la plus riche et la plus puissante au sein de la constellation du Medef. Mais l’UIMM ne compte pas se laisser faire: le nouveau président, Frédéric Saint-Geours a convoqué lundi «une réunion exceptionnelle du bureau pour prendre les décisions qui s'imposent».

Certains membres du Medef craignent que les membres de la fédération métallurgique soient tentés de quitter la centrale patronale. Les invectives des derniers jours renvoient à la vieille guerre entre ancienne économie, représentée par la métallurgie, et l’économie des services, symbolisée par Laurence Parisot, PDG d’Ifop, un institut de sondage.

Y aura-t-il des incidences sur les négociations sociales en cours?
Nicolas Sarkozy a imposé aux partenaires sociaux un agenda de négociations très rempli en 2008. Les démissions demandées par Laurence Parisot vont à coup sûr perturber le dialogue social en écartant des négociateurs de premier plan. Le départ de Michel de Virville, nommé fin janvier à la tête de l’Unedic, complique ainsi les concertations en cours sur l’avenir de l’assurance-chômage. Xavier Bertrand, ministre du Travail, a toujours, inscrit sur son agenda, une réunion avec de Virville prévue mardi.

Que pensez-vous de cette situation et de ce chèque de départ? Dites-le nous, ci-dessous...

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