Trois jours de Kadhafi en France, quel bilan?

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Publié le 13 décembre 2007.

DIPLOMATIE - Ce qu'il faut retenir d'une visite qui a fait couler beaucoup d'encre…

Pour Mouammar Kadhafi, sa visite officielle en France qui s'est achevée mercredi (il est depuis en visite privée) a été historique. Rapide bilan de trois jours de polémiques et de discussions.

- Quels contrats ont été signés?

Nicolas Sarkozy avait annoncé lundi la signature de contrats pour une valeur d'«une dizaine de milliards d'euros» essentiellement dans le nucléaire et le militaire. Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, a mis en avant le fait que cela «représentait l'équivalent de 30.000 emplois garantis sur 5 ans pour les Français». Mais le chiffre correspond davantage à des intentions contractuelles.

Ainsi, Dassault «espère» vendre 14 Rafale dans «deux ou trois mois». Tripoli a en revanche confirmé l'achat de 21 Airbus pour un montant catalogue de près de 3,2 milliards de dollars.

Sur le nucléaire, un accord de coopération nucléaire estimé à 2 milliars d'euros a été signé, prévoyant à terme «la fourniture d'un ou plusieurs réacteurs nucléaires pour le dessalement de l'eau de mer». Mais chez Areva, on confirme qu'il s'agit d'un accord politique et non industriel. «L'avancement du projet dépendra de l'état des infrastructures intellectuelles, économiques, électriques et des transports en Libye», précise-t-on. Ce qui pourrait ne pas intervenir avant une quinzaine d’années minimum, estime un observateur. Seul un contrat de transport d'électricité de 300 millions d'euros a été signé avec Areva.

D'autres projets concernant les groupes Veolia et Vinci ont été annoncés. Mais Vinci a précisé à 20minutes.fr qu'aucun contrat n'avait été signé et qu'il ne savait pas quand il le serait. Quant à Veolia, il refuse de «commenter»et se borne à rappeler que le groupe a «des projets au Moyen-Orient, y compris en Libye». Une langue de bois plutôt mauvais signe.

- La France «humiliée»?

C'est l'avis de l'opposition et de certaines voix au sein de la majorité qui parle, selon les termes du député Manuel Valls, d'un «circus Khadafi». Le dirigeant libyen s'est en effet permis d'estimer mercredi sur France 24 que la démocratie était arrivée à un stade plus avancée en Libye qu'en France. Lors de sa visite mardi à l'Assemblée nationale, il a imposé que le palais Bourbon soit partiellement interdit aux journalistes. Bousculant tous les usages diplomatiques, il s'est offert subitement une petite promenade en bateau-mouche sur la Seine mercredi. L'ensemble des ponts de la capitale ont été interdits alors successivement aux piétons et aux automobilistes, provoquant des embouteillages monstres. Bref, le «guide de la révolution libyenne» s'est fait plaisir à Paris, défiant ceux, nombreux, qui ont critiqué sa venue.

-La cause des Droits de l'homme en Libye avancée?

C'est la polémique de la visite. Nicolas Sarkozy a-t-il sacrifié les Droits de l'homme sur l'autel des intérêts économiques? Non, répond le chef de l'Etat qui affirme avoir évoqué les «progrès» nécessaires à accomplir par Tripoli. Mais Mouammar Kadhafi s'est permis de le contredire directement, provoquant une certaine gêne diplomatique.
S'exprimant à l'Unesco mardi, il s'est même permis de dénoncer la condition des immigrés en Europe «aux droits violés par la police», faisant au passage une claire allusion aux émeutes survenues dans les banlieues.
Au final, Mouammar Kadhafi est donc resté sourd à tout appel à améliorer la situation des Droits de l'homme. Une question qui, selon lui, «ne se pose pas» en Libye où il n'y a d'ailleurs «aucun prisonnier politique».

- Sur quoi la France et la Libye se sont-elles mises d'accord?

Incité vivement par l'Elysée à s'exprimer sur les attentats d'Alger, Mouammar Kadhafi les a condamnés publiquement mercredi. «Aujourd'hui, il ne s'agit plus d'une lutte entre colonisateurs et colonisés, c'est un phénomène aveugle, c'est un terrorisme sans raison», a-t-il détaillé sur France 24, relativisant ainsi ses propos polémiques tenus à Lisbonne où il parlait du terrorisme comme une arme légitime «pour les faibles». Ce revirement permet à l'Elysée de montrer que le Kadhafi d'aujourd'hui est devenu respectable, comme l'exécutif n'a cessé de le répéter depuis plusieurs jours.
Autre motif de satisfaction pour Paris : le colonel Kadhafi a exprimé son «enthousiasme» pour le projet d'Union méditerranéenne lancé par son «cher ami Nicolas Sarkozy».
A. Sulzer
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